La petite fille qui aimait trop les allumettes

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Éducation et maltraitance

La réflexion permise sur l’éducation est l’un des aspects conférant au livre sa richesse. Alice, quoique n’ayant pas été scolarisée, réussit à s’émerveiller, à enchanter sa vie à travers sa culture littéraire et la variété de ses lectures. Le récit qu’elle nous livre est haut en couleur et jalonné d’allusions à des écrits aussi divers que les Mémoires de Saint-Simon, l’Éthique de Spinoza, Les Fleurs du mal, les livres saints et bien d’autres œuvres. Les œuvres de la littérature et de la philosophie sont donc présentées comme des fenêtres sur le monde de l’esprit, parfois disponibles même dans les pires conditions, même quand tout autour de soi pousse à s’avilir.

L’éducation est aussi analysée dans son aspect de « dressage » de la personne. En effet le père ne cherche pas à éveiller l’esprit de ses enfants mais à tuer en eux toute indépendance. Il leur impose des valeurs et limite leur horizon à sa propre vision de la vie. C’est une éducation étouffante qui vise à briser la volonté. Alice ne doit son « éveil » qu’à ses lectures ; autrement, il semble qu’elle aurait fini aussi abrutie que son frère.

L’éducation religieuse, aussi, est abordée ; le père impose d’ailleurs ses lois tel un dieu terrible et jaloux. Il prive souvent ses enfants de nourriture pour leur rappeler l’importance du jeûne et du partage. Il les oblige également à prendre part à des séances de sadomasochisme qui sont des séances d’expiation du péché. Le maltraitance que tout enfant subit peu ou proue, bien explorée par Alice Miller, notamment dans Le Drame de l’enfant doué, est ici outrée, mais cette outrance acquiert une valeur de symbole, et peut correspondre à la force de la violence ressentie par un enfant, toujours un peu démuni face à des parents tout-puissants. La philosophe et psychologue précédemment nommée analyse aussi dans son œuvre l’influence de la religion, et particulièrement du protestantisme, sur certaines pentes autoritaires de l’éducation, et La Petite Fille qui aimait trop les allumettes exemplifie bien l’hypocrisie qu’il peut y avoir à se servir de textes divins pour cautionner ses comportements les plus vils, mais encore, par exemple, l’adoration morbide de reliques à travers les restes de la mère conservés, qui entretient un culte de la tristesse et de la culpabilité au sein même du foyer.

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