La petite fille qui aimait trop les allumettes

par

La conquête de la féminité

Le livre peut passer pour une dénonciation de la condition féminine ; dans cette famille, la fille est obligée de s’adapter à un univers clos où les hommes règnent et qui est régi par eux seuls, de manière à imposer et à faire respecter leurs valeurs, au travers de la multiplication d’interdits et de châtiments. Alice se retrouve en minorité dans un mode clos où non seulement les règles sont édictées par un homme rempli de colère et misogyne, mais elle subit également une éducation orientée par cet homme.

L’absurde dans cette situation, c’est que non seulement elle est rabaissée en raison de sa féminité, mais d’un autre côté on lui nie cette féminité. Ainsi son père l’a-t-il élevée comme un garçon : « Mais il y avait que mon père me traitait comme son fils, et ça me mettrait une barre entre les jambes, au figuré ». Alice ignorait donc sa féminité et sans le contact avec le monde extérieur, elle n’en aurait jamais pris conscience.

Après le décès du père, la narratrice aspire résolument à se faire valoriser et à se rétablir dans sa féminité, qu’elle devait jusque-là renier et dissimuler dans un monde misogyne. Elle prend conscience de son être féminin et tombe même amoureuse.

La dénonciation de la construction du genre sous la pression sociale est en quelque sorte inversée ici. D’ordinaire, l’on montre une femme obligée d’embrasser les caractéristiques qu’on estime afférentes à sa condition, alors qu’ici, elles lui sont déniées, et c’est la femme qui finit par y aspirer, mais de son propre chef, sans que rien ne lui ait été imposé dans ce sens. Il y aurait là matière à trouver un argument à une théorie essentialiste du genre, mais l’histoire montre peut-être tout simplement que l’éducation n’est pas tout, et a fortiori quand elle implique une violence et une éducation parcellaire. 

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