La terre

par

La bestialité humaine

C’est une facette particulièrement violente de la nature humaine qui est présente dans La Terre. Ce qui oppose les hommes dans le fond, c’est la possession de la terre. Tout est justifiable tant que l’action conduit à s’approprier plus de terres ; et rien n’est trop précieux pour être sacrifié si la fin est d’avoir plus de terres – ni la dignité, ni les liens familiaux, ni même la vie. L’exemple de la guerre privée qui sévit entre les héritiers du père Fouan en est l’un des nombreux exemples. Le vieil homme partage en trois parts son héritage, mais le partage ne contente personne et tous se fixent le but d’obtenir plus de terres, par tous les moyens.

Ainsi, à cause de son désir de s’octroyer les terres dont a hérité Françoise, Lise Buteau tue de sang-froid sa sœur avec laquelle elle partageait jadis une relation intime. Tron, valet du maire Hourlequin, dans sa « colère de chien », assassine son patron car il désapprouve la relation de celui-ci avec sa servante, Jacqueline. Et dans ce qui semble être l’une des scènes les plus atroces de la fresque romanesque des Rougon-Macquart, Lise et Buteau étouffent grossièrement le vieux père Fouan et font brûler sa dépouille pour faire passer leur crime pour un simple accident. La scène entière est choquante pour le lecteur, d’autant plus que Zola la décrit de manière réaliste et écœurante : « elle […] commença par griller les cheveux et la barbe du père, très longue […] Ça sentait la graisse répandue, crépitait, avec de petites flammes jaunes […] Puis, toute la face se disloqua, il mourut ». Il en est de même dans la scène d’assassinat de Françoise par sa sœur Lise : « Ce fut comme dans un éclair, elle culbuta Françoise, de toute la force de ses poignets […]La faux lui entrait dans le flanc […] Et ce fut tout […] Lise […] regardait la robe coupée se tacher d’un flot de sang ».

Pourtant, malgré la bestialité de leur cupidité, malgré leur vœu et l’illusion qu’ils entretiennent de « posséder » la terre, dans le roman de Zola, celle-ci donne l’impression d’être une entité immuable, éternelle et indifférente aux sombres pulsions qu’elle fait naître dans le cœur des hommes. La terre survit à tout, à la cupidité des hommes et même à la guerre.

« Il serrait les poings. Ah ! bon sang ! puisqu’il n’avait plus le cœur à la travailler, il la défendrait, la vieille terre de France !Il partait, lorsque, une dernière fois, il promena ses regards des deux fosses, vierges d’herbe, aux labours sans fin de la Beauce, que les semeurs emplissaient de leur geste continu. Des morts, des semences, et le pain poussait de la terre. »

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