Le tour du monde en 80 jours

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Un pari national autour d’un défi

Le défi entre Fogg et ses camarades du Reform-Club ne tarde pas à captiver le public anglais. Sa nouvelle et celle du pari ne circulent en effet entre les membres de l’établissement de loisirs que depuis peu lorsque les journaux s’en saisissent pour les porter à la connaissance de toute la nation. On se met alors, dans tout le pays, comme jamais auparavant pour aucun sujet, à commenter cette question de tour du monde en quatre-vingts jours, à l’analyser, à la tourner dans tous les sens. Et, si une partie de l’opinion partage l’optimisme de Fogg, la plus grande part reste sceptique. Mais avant toute chose, ce pari a à voir avec la fierté personnelle et l’affirmation de ses valeurs. En effet, Fogg ne peut refuser la proposition, et la justifie par son caractère : « Un bon Anglais ne plaisante jamais, quand il s’agit d’une chose aussi sérieuse qu’un pari, répondit Phileas Fogg. Je parie vingt mille livres contre qui voudra que je ferai le tour de la terre en quatre-vingts jours ou moins, soit dix-neuf cent vingt heures ou cent quinze mille deux cents minutes. Acceptez-vous ? ».

Aussitôt après le départ au galop du gentleman, le pari sur l’issue de son entreprise, né au Reform-Club, est ouvert au public et reçoit la participation du plus grand nombre. Fogg est répertorié tel un cheval de course et les certificats de pari en faveur de son succès sont même cotés en bourse. Des titres boursiers sont ainsi baptisés de son nom et connaissent beaucoup de fluctuations, tantôt proposés à prix d’or, tantôt bradés. Le ratio des parieurs subit lui aussi des variations. Le nombre de personnes misant sur l’échec de Fogg passe de cinq à dix, puis à pas moins de vingt, puis à cinquante, puis à cent et croît continuellement jusqu’à ce que le héros n’ait plus aucun supporteur, à l’exception d’un vieux paralytique. La tendance à la dégringolade des paris, accrue par la diffusion des soupçons faisant du fameux cambrioleur de la Banque d’Angleterre et de Fogg le même homme, n’est inversée qu’à la réhabilitation du héros avec l’arrestation du véritable coupable. Alors, comme par magie, tous ceux qui avaient parié puis avaient préféré oublier réapparaissent, toutes les transactions redeviennent valides et cet engouement général ravivé occasionne chez beaucoup un nouvel acte de pari. Parier est même devenu encore plus fréquent qu’auparavant et les titres boursiers nommés Fogg sont de nouveau proposés à prix d’or.

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