Le tour du monde en 80 jours

par

Une histoire d’amour

En traversant l’Inde, Fogg et ses compagnons rencontrent une princesse sur le point d’être brulée vive avec la dépouille de son mari, un vieillard à qui elle a été donnée de force en mariage après la mort de son père. Malgré sa propension à ne se mêler que de ce qui le regarde, Fogg, ému à l’extrême, décide de s’attarder pour le sauvetage de la jeune femme. La décision est approuvée par ses compagnons et c’est Passepartout qui trouve l’astuce qui leur permet de faire de l’opération, plutôt périlleuse, un succès. Reprenant conscience après l’effet de l’opium dont elle avait été droguée pour le besoin du rite mortuaire, Aouda exprime son extrême reconnaissance à ses sauveurs. Sa gratitude à l’égard de Fogg ne tarde pas à se doubler d’amour, lorsqu’après son sauvetage, elle découvre sa noblesse et son courage. Fogg prend soin de sa protégée et se préoccupe beaucoup de sa sécurité. Bien que Passepartout s’aperçoive de la nature des sentiments éprouvés pour son maître par Aouda, il n’est pas certain de leur réciprocité, Fogg n’exprimant, quant à lui, aucun signe clair d’amour pour celle-ci. Pourtant, la vérité est qu’il l’aime éperdument, mais qu’il fait passer avant ses sentiments son devoir de protecteur.

Ce n’est qu’au terme du voyage, à Londres, qu’il lui avoue sa flamme et qu’ils décident de se marier. C’est cette décision qui permet à Fogg de remporter son pari puisque c’est à travers un prêtre qu’ils apprennent qu’ils sont en fait arrivés à Londres avec une journée entière d’avance. Après quoi, Fogg se rend précipitamment au Reform-Club. Pour Verne, la conquête d’Aouda est plus importante pour Fogg que sa victoire.

Cette histoire d’amour confère au récit une note romantique et enseigne que la passion prime sur tout, qu’elle se situe au-dessus de toutes les réalisations matérielles. Avec ce double aspect du tour du monde, le récit acquiert une valeur initiatique : c’est en abandonnant son pays natal, la culture qui nous imprègne et nous confère notre identité, en sortant des habitudes qui nous stigmatisent et nous maintiennent dans un carcan précis (ici, prenons par exemple le stéréotype de Phileas Fogg en tant que gentleman anglais) que l’on découvre le meilleur de nous-même, de ce qui peut nous compléter. La princesse Aouda est en effet un personnage certes séduisant mais tout aussi éloigné que possible de la représentation du monde que possède le matérialiste Phileas Fogg. Elle appartient à un monde rempli de superstitions et de croyances, cependant, elle se révèle être la moitié du gentleman. Lorsqu’il s’avère que Fogg a tout de même gagné son pari, il ne s’enchante que peu de cette victoire, car c’est un mariage avec Aouda que celui-ci lui a finalement obtenu.

« L’excentrique gentleman avait déployé dans cette affaire ses merveilleuses qualités de sang-froid et d’exactitude. Mais après ? Qu’avait-il gagné à ce déplacement ? Qu’avait-il rapporté de ce voyage ? Rien, dira-t-on ? Rien, soit, si ce n’est une charmante femme, qui — quelque invraisemblable que cela puisse paraître — le rendit le plus heureux des hommes ! »

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Une histoire d’amour >