Le ventre de Paris

par

Les Gras et les Maigres

Pour Claude Lantier, les gens sont divisés endeux clans : les Gras et les Maigres. Il a formé cette théorie après avoiradmiré une série d’estampes de Brueghel l’Ancien représentant « les Gras,énormes à crever, préparant la goinfrerie du soir, tandis que les Maigres,pliés par le jeûne, regardent de la rue avec la mine d’échalas envieux ».

De fait, la plupart des personnages de Ventrede Paris peuvent effectivement être classés dans ces deux catégories.Voyons d’abord les Gras : ce sont les marchands de denrées, qui ne viventque par et pour leur ventre : les Quenu, les Méhudin en font partie. Ilssont ronds, « superbes, carrés, luisants ». Ils vivent pour manger.Leurs noms même évoquent la nourriture : Quenu (qui rappelle quenelle),Gradelle (gras jusque dans son nom), Gavard (il a beau poser pour un Maigre,son nom le dénonce).

Ils n’aiment pas les Maigres : « Lesmaigres, je m’en défie. Un homme maigre, c’est capable de tout. Jamais je n’enai rencontré un de bon » déclare la mère Méhudin. L’arrivée du MaigreFlorent dans leur monde perturbe les Quenu : « ils le regardaientavec l’étonnement des gens gras pris d’une vague inquiétude en face d’unmaigre. ». Le temps passe et le malaise grandit, au point que la présencemême de Florent devient insupportable : « Depuis son arrivée, toutallait de mal en pis ; il compromettait, fâchait, troublait ce monde quiavait vécu jusque-là dans une paix si grasse. » Les poissonnières quitourmentent Florent sont elles aussi des Grasses avec leur « acharnementde femmes énormes, dont les ventres et les gorges sautaient d’une joie géantequand il se laissait prendre à quelque piège. »

Les Maigres que sont Florent ou Claude Lantierveulent simplement vivre en paix, mais c’est déjà trop pour les Gras qui leschassent sans pitié. Florent n’aspire d’ailleurs pas à changer decatégorie : ce Maigre est écœuré par cet « entassement de nourriture »,à la charcuterie et sur les étals des Halles, qui provoque son dégoût.

Un personnage échappe à la classification deClaude : Mme François. Elle représente le monde sain des travailleurs dela terre, classe laborieuse qui rappelle l’idéal de l’Émile de Rousseau : « Elle sentait la terre, le foin, legrand air, le grand ciel. » Elle offre un contrepoint aux « mauvaiseshaleines des Halles ».

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Les Gras et les Maigres >