Le ventre de Paris

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Résumé

Paris, 1858. Florent s’est échappé du bagne deCayenne où il avait été envoyé quinze ans plus tôt pour avoir protesté contrele coup d’État du prince-président Louis-Napoléon Bonaparte, devenu l’empereurNapoléon III. Il est maigre, famélique même. C’est dans la nuit qu’il arrivedans la capitale, et il suit la file des charrettes des maraîchers quiconvergent vers les Halles nouvellement construites. Non loin, son demi-frère,Quenu, tient une charcuterie avec sa femme ; il compte se réfugier chez lui.C’est donc au pas lent des animaux de trait que Florent se dirige vers le lieuoù s’entassent les nourritures qui vont alimenter les parisiens : leventre de Paris.

Quenu accueille Florent et lui offre unlogement attenant à sa grande charcuterie. À la caisse du commerce trône safemme, Lisa. Elle est belle, grasse ; on voit qu’elle ne connaît pas lafaim. D’ailleurs, les Halles grouillent de ces gens gras ; on y vendviandes et poissons, fromages de partout et légumes de toutes espèces, et mêmedes millions de fleurs coupées, de la rose splendide à la violette délicate.Ces gens gras tiennent les commerces et règnent sur les Halles. Ils sontinstallés, et soutiennent à voix haute l’Empire et l’empereur, un bien brave hommeselon eux qui protège les honnêtes gens. D’ailleurs, le commerce ne s’estjamais si bien porté que depuis qu’il est aux affaires. Alors un maigrichoncomme Florent n’inspire pas confiance, au contraire. Qui est-il, exactement ?Quenu a beau s’en porter garant, Lisa ne l’aime guère. Et puis quand on est simaigre, on cache quelque chose de malhonnête ! Et il raconte de ceshistoires ! Comment ? Il lui est arrivé de passer plusieurs jourssans manger ? Comme si l’on pouvait se passer de manger pendant une seulejournée !

Cette antipathie se trouve renforcée quandFlorent gagne la sympathie intéressée de Louise, que toutes les Hallessurnomment la Belle Normande. C’est la grande rivale de Lisa : elle estbelle, elle aussi, et elle n’est pas maigre non plus. C’est une des filles dela famille Méhudin, des poissonniers – donc des membres d’une autre caste – quigèrent un grand étal sous les Halles. Louise va se servir du faible et douxFlorent pour agacer, voire provoquer sa rivale charcutière, majestueuse derrièrela caisse de sa boutique.

On a trouvé du travail à Florent. Au départ,il ne voulait pas travailler : plutôt crever de faim que de participer àcette grande machine qu’est l’Empire ! Mais Quenu et Lisa ont clairementfait comprendre à l’ancien bagnard que s’il tenait à rester en grâce auprèsd’eux, et même à rester tout court chez eux, il devait s’intégrer à cettesociété de travailleurs honnêtes à laquelle ils appartiennent et oublier un peules gueux qui lui tiennent tant à cœur. Alors, Florent a accepté à contrecœurune place d’inspecteur de la marée, c’est-à-dire des étals de poissonnerie,vacante car le titulaire est souffrant. Il n’est pas bien efficace, le pauvregarçon. Il n’a aucune autorité et les poissonnières, menées par les Méhudin, semoquent ouvertement de lui. En outre, quand l’honnête garçon apprend quel’inspecteur dont il occupe le poste n’a plus de revenus, il lui donne lemontant de ce qu’il gagne.

Et pendant tout ce temps, Florent découvre lesHalles et leur monde extraordinaire : des monceaux de nourriture, desmontagnes de choux et de carottes, d’innombrables corps découpés d’animauxmorts, des orgues de fromages odorants, et des lacs de fleurs coupées. Labeauté singulière de ces lieux lui est montrée par Claude Lantier, un jeunepeintre audacieux dont les idées devraient révolutionner la peinture – enfinc’est ce qu’il aimerait. C’est un cousin de Lisa Quenu, et c’est lui quiéclaire les Halles à Florent et au lecteur sous un jour nouveau. Il montre àFlorent leur beauté brute, cette beauté issue des architectures industriellesnouvelles mêlées à la nourriture ancestrale. C’est un personnage, ce Claude,sûrement promis à un brillant avenir.

Florent ne peut pas éviter de faire de la politique.Bien vite, il s’acoquine avec quelques inoffensifs exaltés qui eux aussiveulent renverser l’Empire. Ils se réunissent dans un café et élaborent desplans compliqués pour renverser le régime. Ils en viennent tout de même àélaborer un complot assez structuré, et ils comptent bien le mettre en action.Dans l’ombre, ils préparent leur grand jour.

Mais les Halles sont un monde de ragots oùtout le monde parle sur tout le monde. On ne peut garder un secret dans cetunivers et bientôt on chuchote que le surveillant de la marée fait de lapolitique. Avant, on disait de lui que c’était un coureur de jupons. Rien n’estplus faux, mais on l’a cru, car c’est drôle. La révolution, en revanche, voilàqui n’est pas drôle du tout pour ces gens installés. Les murmures de ceshistoires sont venus aux oreilles de Lisa, qui imagine déjà les hordesamaigries menées par Florent déferler sur sa boutique et voler les saucisses àl’étalage. Elle se décide à aller dénoncer le jeune homme à la police et serend à la préfecture où elle fait son devoir de loyal sujet de l’Empire.

Quelle n’est pas sa stupeur quand elledécouvre que le malheureux a déjà été dénoncé, et plusieurs fois même !Les honnêtes gens des Halles, ceux que Claude Lantier qualifie de canaille, ontdénoncé ce maigre garçon en qui ils voient un dangereux agent de la révolution.De toute façon, la police de l’Empire est bien informée et les autoritéssuivaient le parcours du jeune homme depuis son retour de Cayenne. Ellesattendaient seulement que le fruit soit mûr et les conjurés avancés dans leurcomplot d’une telle sorte que les preuves amassées soient suffisantes pourenvoyer tout ce joli monde au bagne de Cayenne par le prochain navire.

Et c’est ce qui arrive. Les conjurés sontarrêtés, rapidement jugés et condamnés. Florent repart pour Cayenne et sonbagne ; tout est rentré dans l’ordre. Lisa trône paisiblement derrière lacaisse de la charcuterie ; elle regarde grandir sa fille Pauline, et sonmari Quenu fourrer les andouillettes. La Belle Normande règne sur la marée. Lescharrettes convergent chaque matin vers le ventre de Paris. Les gras demeurentgras, les maigres ne mangent pas. Et Claude Lantier observe, dessine et peint.

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