Le ventre de Paris

par

Lisa Quenu

Elle est une Macquart, sœur de la Gervaise de L’Assommoir.D’apparence impeccable et tranquille, elle a épousé Quenu, le demi-frère deFlorent, sans amour ni frisson. Sa seule passion est la tranquillité. Elle separe d’une vertueuse honnêteté : quand elle découvre le magot caché duvieux Gradelle, elle le donne immédiatement à Quenu. De même, elle proposeimmédiatement à Florent la part d’héritage qui lui revient.

Son idéal est une grasse quiétude :« Elle avait soigneusement écarté toutes les causes possibles detrouble » de sa vie. La « chair paisible », elle trône comme uneidole rose et blanche dans sa boutique immaculée. Elle a fait de la maisonQuenu « un coin de bonheur raisonné, une mangeoire confortable où le père,la mère et la fille s’étaient mis à l’engrais ». C’est pourquoi l’arrivéedu maigre Florent à l’esprit exalté est inacceptable à ses yeux : il meten péril cette ronronnante quiétude.

Elle le pousse lentement dehors, en l’encourageantà trouver une place comme contrôleur aux Halles, puis elle le convainc, par sessilences et sa froideur, de prendre ses repas au dehors. Enfin, son vertueuxégoïsme de femme honnête la pousse à aller dénoncer son beau-frère à la police,parfaitement consciente qu’en agissant ainsi elle le renvoie à l’enfer dubagne. Elle n’a que faire des idées sociales de Florent, seule sa quiétudecompte et elle soutient vigoureusement la politique de l’Empire : « C’estla politique des honnêtes gens. Je suis reconnaissante au gouvernement, quandmon commerce va bien, quand je mange ma soupe tranquille, et que je dors sansêtre réveillée par des coups de fusil… » Peu lui importe que des Maigresmeurent de faim ou que l’on souffre à Cayenne.

Le seul remous de ce lac immobile vient de cebel animal qu’est Marjolin. La présence de ce vigoureux garçon l’emplit d’untrouble qui lui donne le frisson. Mais quand la jeune brute veut passer àl’acte et tente de la posséder, elle l’assomme d’un coup de poing. Marjolin tombe,se fend le crâne, et reste imbécile. Lisa n’éprouve pas l’ombre d’un remord etpeut impunément caresser le beau garçon sous le menton, comme on caresserait unbel animal. La fin du roman la voit triomphante, trônant dans sa boutique auxsenteurs fades, au milieu des chairs belles et mortes. 

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