Le vieil homme et la mer

par

Accès complet et GRATUIT à cette fiche de lecture pour nos membres.

Ernest Hemingway

Ernest Hemingway est un
écrivain américain né en 1899 à Oak
Park dans l’Illinois, ville cossue de la périphérie de Chicago, d’un père
médecin et d’une mère musicienne professionnelle. Celle-ci le pousse à
apprendre le violoncelle, activité qui influencera plus tard la composition de
certaines de ses œuvres. La famille possède une maison d’été dans le Michigan,
où son père lui apprend à chasser, pêcher, et vivre dans les bois. Lycéen
à Oak Park, il multiplie les activités sportives : boxe, athlétisme, water
polo, football américain. Il se distingue particulièrement en anglais et joue
dans l’orchestre de l’établissement. À dix-sept ans, il publie un premier texte
dans le journal du lycée. Dès qu’il en sort, il va travailler en tant que journaliste pour The Kansas City Star. Même s’il n’y reste que six mois, les
consignes données aux journalistes pour leurs articles le marquent : des
phrases courtes, une langue vigoureuse, être affirmatif.

En 1918, répondant à un appel de la Croix-Rouge, il devient ambulancier en Italie, après avoir traversé Paris sous les bombes. Blessé par un tir de mortier, il perd
l’illusion d’être immortel propre à la jeunesse. De retour aux États-Unis en 1919,
l’offre d’emploi d’un ami de la famille le fait rejoindre Toronto. Il y travaille comme pigiste
pour le Toronto Star Weekly. En 1920 il part vivre à Chicago avec des amis, tout en
continuant d’envoyer ses textes à cette rédaction. Là, il devient rédacteur
adjoint du mensuel Cooperative
Commonwealth
, où il fait la connaissance du romancier Sherwood Anderson. Celui-ci lui écrit des lettres de recommandation
quand Hemingway part vivre à Paris
ville qu’il lui a conseillée – avec sa première femme. Il devient correspondant à l’étranger pour le Toronto Star. En France, le jeune
journaliste rencontre notamment Gertrude
Stein
, laquelle, devenue sa mentore, l’introduit aux artistes expatriés et
écrivains du quartier Montparnasse, qu’elle nommait la Génération perdue. Hemingway fait aussi la connaissance d’Ezra Pound, conscient du talent de son
cadet, et qui devient un bon ami avec lequel il voyage en Italie. Pound lui
présente Joyce, qui devient pour
Hemingway un compagnon de beuverie. Sa première
œuvre
, le recueil Three Stories and Ten Poems, paraît
en 1923. Après la naissance de son
premier fils à Toronto, Hemingway retourne à Paris en 1924 où il travaille avec
Ford Madox Ford à The Transatlantic
Review
, où paraissent certaines des premières nouvelles de Hemingway comme Indian
Camp
(1924), l’histoire d’un médecin de campagne blanc venu aider à
accoucher, dans un village d’Amérindiens, une femme indienne dont le mari est
découvert mort peu après, la gorge tranchée. Cette nouvelle reçoit un accueil
très favorable. On peut déjà y percevoir le style propre de l’auteur, net
et précis, fondé sur l’art du non-dit, de la litote, et l’usage du contrepoint ; et découvrir ses thèmes fétiches : la naissance d’un enfant et la peur de la mort.

En 1925, après un troisième séjour à Pampelune avec des amis pendant les fêtes de
la Saint-Sébastien
, Hemingway, passionné par
la corrida, écrit son premier roman, Le Soleil se lève aussi (The
Sun Also Rises
), qui paraît l’année suivante, où il raconte ce séjour même
en compagnie d’expatriés anglais et américains. Les thèmes principaux y sont la
conscience de la mort et la jouissance du moment présent. L’épicurisme des bohèmes décrit,
consistant à chercher le réconfort dans l’alcool
et l’érotisme, et qui remplace,
en temps de paix, l’excitation de la guerre par le spectacle de la boxe et de la
corrida, confine au désespoir, car
ceux qui ont affronté la mort et la guerre savent que tenter de bâtir quoi que
ce soit est vain. On parle souvent de cette œuvre comme la meilleure de
l’auteur. La génération que décrit
Hemingway n’apparaît pas vraiment « perdue » mais résiliente. En 1928, avec sa deuxième femme, Hemingway quitte Paris pour Key West
en Floride, sur le conseil de John
Dos Passos ; plus jamais il ne vivra dans une grande ville. En 1929 paraît
L’Adieu
aux armes
(A Farewell to Arms),
un roman semi-autobiographique dont
le héros, Henry, est un expatrié américain, lieutenant dans un corps
d’ambulanciers de l’armée italienne durant la Première Guerre mondiale,
impliqué dans une relation amoureuse qui se termine sur un accouchement
difficile en Suisse, inspiré par celui de la deuxième femme de l’écrivain.

Au début des années 1930,
Hemingway a pour habitude de partir chasser dans le Montana ou pécher vers
l’archipel des Dry Tortugas au large de la Floride, avec des amis artistes,
dont John Dos Passos. Il continue en
outre de voyager en Europe mais aussi à Cuba,
où il s’installera finalement jusqu’en 1960. En 1932 paraît Mort dans l’après-midi (Death in the Afternoon), un ouvrage sur l’art
et l’histoire de la corrida, spectacle
qui exprimait selon l’auteur parfaitement la tragédie de la vie et de la mort. Hemingway
y livre une méditation sur la peur
et le courage. L’ouvrage contient
également un glossaire. Un safari
fait en 1933 avec sa femme dans
l’Est de l’Afrique lui inspire plusieurs œuvres, dont Les Vertes Collines d’Afrique (Green
Hills of Africa 
; 1935), L’Heure
triomphale de Francis Macomber
(The
Short Happy Life of Francis Macomber
), ou encore Les Neiges du Kilimandjaro (The
Snow of Kilimanjaro
) qui paraît en 1936
dans Esquire, une nouvelle
semi-autobiographique où Hemingway s’imagine à nouveau un alter ego écrivain
qui, lors d’un safari, contracte une infection qui le plonge dans une
méditation sur sa vie conjugale puis un délire par lequel il quitte la vie. En
1934 l’écrivain achète un voilier
avec lequel il navigue dans les eaux des Caraïbes.
Son seul roman des années 1930 paraît en 1937.
En
avoir ou pas
(To Have and Have Not) raconte l’histoire
du capitaine d’un bateau se livrant, forcé par les circonstances, à des
activités illicites, faisant passer des migrants de Cuba en Floride. Dans ce récit,
adossé à la période de la Grande
Dépression
, l’auteur se montre influencé par l’idéologie marxiste.

En 1937, Hemingway part en Espagne
comme correspondant de guerre pour
la North American Newspaper Alliance. Il est parmi les derniers journalistes
anglais et américains à rendre compte des combats. C’est sa troisième femme qui
lui inspire son prochain roman, Pour qui sonne le glas (For Whom the Bell Trolls), qui paraît en
1940, dont le héros est un jeune
Américain combattant des Brigades internationales pendant la guerre civile
espagnole. Sa mission est de dynamiter un pont pendant l’offensive de Ségovie.
Au milieu des combats, il tombe amoureux d’une jeune femme, tondue et violée
par les nationalistes, en raison des idées républicaines de son père, avant
d’être recueillie par les résistants. Le roman est un grand succès qui rétablit la réputation littéraire de l’auteur.
Après un voyage en Chine en 1941, où sa femme, journaliste, est envoyée en
mission, Hemingway est présent lors du débarquement
de Normandie
, sur un navire hors de portée des tirs. Même si le droit
international ne l’y autorisait pas, il dirige un temps un groupe de résistants de Rambouillet.

Dans les années 1940,
nombre des amis écrivains de Hemingway meurent. Après son mariage avec une
quatrième femme, sa famille subissant de nombreux ennuis de santé, l’écrivain
sombre dans la dépression. Il n’en continue pas moins d’écrire mais ses projets
sont marqués par la discontinuité. À la suite de la mauvaise réception critique
d’Au-delà du fleuve et sous les arbres (Across the River and into the Trees ;
1950) qui lui avait été inspiré par une relation platonique vécue avec une
jeune fille de dix-neuf ans à Venise, Hemingway, furieux, écrit en huit
semaines Le vieil homme et la mer (The
Old Man and the Sea
). L’œuvre, qui remporte le prix Pulitzer en 1952,
est un très grand succès. Inspirée par les propres aventures en mer de l’auteur,
elle décrit le combat épique que livre un pécheur vieillissant à un énorme
marlin, figurant la lutte de l’homme aux prises avec les forces aveugles de
l’univers, ainsi qu’une sorte de solidarité cosmique. En 1954 sa carrière est couronnée par le prix Nobel de littérature. Paris est une fête (A
Moveable Feast
), qui paraîtra en 1964, est issu d’un travail de reprise
effectué à partir de travaux retrouvés à l’hôtel Ritz en 1957 dans des malles
qu’il avait laissées là en 1928. Hemingway y fait revivre les années 1920 alors qu’il était un jeune
auteur expatrié à Paris, multipliant les références aux gens qu’il fréquentait
alors et aux lieux de sociabilité de la capitale.

 

Après une existence
parsemée d’un nombre invraisemblable
d’accidents
, des problèmes de santé à répétition, en partie dus à son alcoolisme et à deux crashs d’avion, et
l’expérience de traitements aux électrochocs dans une clinique du Minnesota,
Ernest Hemingway, en outre atteint comme son père d’hémochromatose (une maladie
génétique provocant des dommages physiques et mentaux pouvant amener au
suicide, comme ce fut le cas pour son père, un frère et une sœur), se tire une balle dans la tête en 1961 dans sa nouvelle demeure de
Ketchum dans l’Idaho.

De nombreux auteurs du XXe
siècle ont confirmé l’influence de l’œuvre de Hemingway sur la leur. Sa manière
d’écrire, sèche et concise, son usage d’une syntaxe simplifiée, auraient marqué la
plume de nombreux auteurs américains. L’absence de subordination produit dans
ses œuvres l’impression d’une succession de clichés, d’un collage d’images, vues de multiples points de vue. Ses talents de
conteur ne sont pas en reste et le prix Nobel lui a été remis pour son style
nouveau tout comme son art de la narration. Dans Mort dans l’après-midi, Hemingway comparait l’art de l’écrivain,
qui ne doit pas dire tout ce qu’il sait, faisant sur lui un effort de sobriété,
au mouvement solennel d’un iceberg, dont seule une petite partie émerge des
flots – on a donc parlé de « théorie
de l’iceberg 
» ou « de
l’omission 
» : n’affleurent que les faits sous la plume de
l’écrivain, la structure fondatrice et le symbolisme demeurant immergés. Son
style serait en partie dû à son expérience de la guerre. D’autres auteurs
modernistes avec lui, après la Première Guerre mondiale, ont choisi de faire
passer le sens de leurs œuvres de façon implicite à travers les dialogues,
l’action et les silences. D’abord nouvelliste, l’écrivain aurait en outre
appris à élaguer sa prose en allant rapidement à l’essentiel. Parmi ses thèmes fétiches figurent l’amour, la guerre, la nature, la perte – qui se manifeste plusieurs fois
par l’émasculation – et la mort.

 

 

« Le monde brise les
individus, et, chez beaucoup, il se forme un cal à l’endroit de la fracture ;
mais ceux qui ne veulent pas se laisser briser, alors, ceux-là, le monde les
tue. Il tue indifféremment les très bons et les très doux et les très braves.
Si vous n’êtes pas parmi ceux-là, il vous tuera aussi, mais en ce cas il y
mettra le temps. »

 

« Le paysan a du bons
sens parce qu’il a été vaincu dès le commencement. Donnez-lui le pouvoir et
vous verrez ce que deviendra son bon sens. »

 

Ernest Hemingway, L’Adieu aux armes, 1929

 

« Mourir n’est moche que
quand ça prend longtemps et que ça fait si mal qu’on en est humilié. »

 

Ernest Hemingway, Pour qui
sonne le glas
, 1940

 

« Quand j’écrivais
quelque chose, j’avais besoin de lire après avoir posé la plume. Si vous
continuez à penser à ce que vous écrivez, en dehors des heures de travail, vous
perdez le fil et vous ne pouvez le ressaisir le lendemain. Il vous faut faire
de l’exercice, fatiguer votre corps, et il vous est alors recommandé de faire
l’amour avec qui vous aimez. C’est même ce qu’il y a de meilleur. Mais ensuite,
quand vous vous sentez vide, il vous faut lire afin de ne pas penser à votre
œuvre et de ne pas vous en préoccuper jusqu’au moment où vous vous remettez à
écrire. J’avais déjà appris à ne jamais assécher le puits de mon inspiration,
mais à m’arrêter alors qu’il y avait encore quelque chose au fond, pour laisser
la source remplir le réservoir pendant la nuit. »

 

Ernest Hemingway, Paris est
une fête
, 1964

Inscrivez-vous pour trouver des essais sur Ernest Hemingway >