Le vieil homme et la mer

par

Quand l'honneur passe par la souffrance, la lutte et la défaite

Les personnagescréés par Hemingway sont profondément humains, et revêtent rarement la figuredu héros. Ils perdent souvent le combat qu’ils ont entamé, mais leur défaiten’exclut jamais la grandeur. Santiago appartient à cette catégorie deprotagonistes : il perd son combat, mais son combat est admirable decourage et de ténacité.

Au bout dequatre-vingt quatre jours de vains voyages en mer, il serait naturel que levieil homme, dont le bateau porte une voile qui semble « le drapeau enberne de la défaite », songe à renoncer devant une si grande malchance.Or, Santiago n’est pas de la race de ceux qui renoncent : il défie ledestin et cingle vers le grand large où nagent les grands poissons. Il ferre leplus grand poisson jamais vu dans ces eaux, le combat, le vainc, puis défend cequ’il a gagné contre des dizaines de requins, qui pourraient le couper en deuxd’un coup de mâchoires. Il sait ce combat perdu d’avance, il est tropexpérimenté pour imaginer une autre issue, mais il ne renonce pas, avec unpanache digne de celui de Cyrano de Bergerac. Comme le héros d’Edmond Rostand,il pourrait s’exclamer : « C’est bien plus beau lorsque c’estinutile ». Mais Santiago est un homme trop simple pour intellectualiser savie. Il ne sait qu’une chose : comme tout être de la nature, il doit tuerpour ne pas mourir. Le monde et la mer sont pleins de prédateurs : il voitun petit oiseau diriger son vol fatigué droit vers un rapace, et ne s’apitoiepas : telle est la loi du monde. La mort est donc inévitable. MaisSantiago n’accepte cependant pas de se rendre sans combat : il est de lamême race que le magnifique marlin, un combattant, qui ne se couche que pourmourir. Qu’importe que les requins dévorent le marlin : Santiago a gagnéson combat contre la mort. Il a prouvé sa valeur en choisissant un adversaire àsa taille, comme lorsqu’il avait vaincu le marin de Cienfuegos au bras de fer.En emportant la victoire, le vieux marin marque un point contre la mort, commele chasseur de lions qui abat le fauve fonçant sur lui, comme, selon Hemingway,le matador qui achève le taureau en pleine charge, a recibir.

Santiago est l’incarnationultime du protagoniste cher à Hemingway, qui devient un héros si l’on mesure sagrandeur à l’échelle de la lutte menée. Il n’a pas ramené le poisson entier, etaura encore faim dans les semaines à venir, mais il a montré aux autrespêcheurs, à Manolin et au lecteur, qu’il était, encore et toujours, elcampeon. Et cela, la plus acharnée des malchances ne pourra le lui ôter. 

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