Le vieil homme et la mer

par

Le poisson

« Il étaitmagnifique. » À elle seule, cette courte phrase extraite du roman résumeles qualités exceptionnelles de l’adversaire de Santiago. « Il avait unnez très long, aussi long qu’une batte de base-ball, et pointu comme uneépée. » Sa queue « était plus haute que le fer d’une grande faux ;sa couleur mauve tranchait sur le bleu sombre de la mer. […] Le vieuxentrevit sa masse énorme et les bandes pourpres qui cerclaient son corps. Savoile dorsale était repliée. »

C’est un marlin, quela traduction française la plus répandue désigne comme un espadon, dont lesplus beaux spécimens peuvent atteindre jusqu’à quatre mètres et peser neufcents kilos. N’en doutons pas : l’adversaire de Santiago entre dans lacatégorie des poissons exceptionnels. Comme l’écrit Hemingway en décrivant lebateau traîné par le puissant animal : « le voilà accroché à la plusgrosse pièce qu’il ait jamais trouvée. » Il se bat loyalement contreSantiago avec ses armes et déploie toute sa force, qui est grande, pour essayerde se débarrasser du pêcheur, en vain. Rien de commun entre la pêche d’un thonbonito et la pêche d’un tel chevalier des océans. Le marlin est le symbole del’adversaire idéal : beau, puissant, loyal. Santiago est heureux depouvoir se mesurer à un tel adversaire, grâce auquel il va faire ressortir cequ’il y a de mieux en lui : sa force, son courage, son amour pour la proieet son respect pour l’adversaire vaincu.

Cependant, la mortde cette splendide créature aura été vaine : son cadavre est si grand etsi lourd que Santiago ne peut le hisser dans son bateau et doit le traînerjusqu’au port. Des requins, attirés par le sang versé, se jettent sur lecadavre, le dépècent, tant et si bien que quand Santiago regagne le port, il nereste presque rien de ce poisson exceptionnel : descendu sur la grève, il« aperçut dans la lumière d’un réverbère la grande queue de l’espadon quise dressait, bien plus haute que la poupe de la barque. Il distingua la ligneblanche et nue que dessinait l’arête, ainsi que la masse sombre de la tête,l’épée, et ce vide, tout ce vide. » Il reste juste assez du noble animalpour que les pêcheurs qui, au début du roman, se moquaient de Santiago,puissent mesurer l’exploit accompli par le vieil homme. 

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