Le vieil homme et la mer

par

Eloge de l'homme

A-    L'homme peut être détruit.

Santiago le personnage central du roman n’est pas un surhomme. C’est un individu ordinaire avec ses rêves et ses espoirs. Il est montré au début du roman, humilié, rabaissé car depuis 84 jours, il n’avait pas effectué la moindre prise. Son entourage est persuadé qu’il est victime de la malchance. Dernier coup du sort, son jeune ami Manolin est envoyé par ses parents sur un autre bateau. C’est donc un personnage qui est une victime du sort qu’il campe. Durant les trois jours que dureront son combat avec l’espadon, on le verra dans des moments de faiblesse et de douleur comme celui-ci : « Sa main gauche était insensible. De toute la force de sa main droite, il freina la fuite du fil. Ce furent alors son dos et sa main gauche qui subirent la morsure de la corde. ». Le plus grand de ces moments sera peut-être finalement quand, après son triomphe, Santiago verra son poisson mangé par les requins en dépit de sa vaillante résistance. A ce moment là, on le verra presque anéanti, son exploit s’étant soldé par un échec. En faisant le choix de le présenter ainsi, Hemingway vise à montrer la nature fragile et frêle de l’homme qui peut être aisément détruit. Il n’est pas particulièrement résistant, et un petit rien en vient à bout. Dans ses ouvrages, Hemingway se plait souvent à créer de tels personnages que l’on a l’impression de pouvoir les croiser partout. Santiago est donc un symbole du genre humain. Cependant, cette faiblesse n’est pas décriée par l’auteur, bien au contraire, elle est magnifiée car elle donne au genre humain toute sa noblesse. Sans cette apparente faiblesse, le récit perdrait de sa saveur et ne serait finalement qu’une anecdote sans grand impact. Il faut donc s’atteler à prendre toute la mesure de cette faiblesse pour pouvoir comprendre en quoi le combat de Santiago est héroïque.

 

B-    L'homme ne peut être vaincu

Si Hemingway présente l’humain comme un être faible qui pourrait être aisément détruit, il  affirme cependant que ce dernier ne peut pas être vaincu. Car sous son apparente faiblesse et sa fragilité, l’homme possède une âme capable de se transcender pour atteindre des sommets d’héroïsme insoupçonnés. L’homme n’est frêle selon Hemingway que d’apparence. Il peut, grâce à ses ressources morales, dépasser sa faiblesse pour atteindre ses buts. Le combat mené durant trois jours par Santiago contre l’espadon le prouve. C’est dans ce dépassement physique et psychique que réside sa particularité et la seule force du genre humain, et c’est justement cette capacité à se dépasser qui le rend invincible, comme le montre parfaitement ce passage : « Il ramassa toute sa douleur et ce qui lui restait de force et tout l’amour-propre qu’il avait oublié depuis longtemps, et les banda contre l’agonie du poisson » Sans pour autant verser dans l’éloge d’un surhomme tout Nietzchéen, l’auteur s’attèle à montrer que l’impossible ne requiert que de la foi et un peu d’effort. Jamais Santiago n’a véritablement douté qu’il était un grand pêcheur. Certes, il s’est laissé aller à des accès de désespoir, mais jamais il n’a renoncé. Comme il le dit si bien, « La chance est une chose qui prend toutes les formes, et qui pourrait la reconnaître ? Je la prendrai selon la forme qu’ils me diront, et la payerai ce qu’ils demanderont » Ainsi, il a repris la mer 84 jours sans pause alors qu’il rentrait chaque soir bredouille. Même le fait qu’il ne rapporte de son affrontement avec la nature qu’un squelette constitue une victoire ; car ce squelette est la preuve de la réalité de la bataille et de la victoire finale du pêcheur. La morale de l’histoire est donc que n’importe qui (en effet Santiago est décrit comme un individu ordinaire) peut parvenir à atteindre ses rêves à condition d’y mettre ce qu’il faut. Et même s’il ne réalise pas entièrement son rêve, il en restera au moins quelque chose et il en ressortira changé. La défaite donc, n’est effective que quand l’on décide de jeter l’éponge. Une leçon qui vaut un Nobel et un Pulitzer sans aucun doute. 

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