Les mystères de Paris

par

Le succès d’un roman-feuilleton qui sonde la capitale

Le genre littéraire du roman-feuilleton voit le jour en Europe en 1836. Il est caractérisé par une publication épisodique des chapitres de l’œuvre dans un journal (raison pour laquelle la date de publication des Mystères de Paris est indiquée via deux dates, 1842-1843). L’avènement du roman-feuilleton se présente sous la forme d’un gain double pour les écrivains et les propriétaires de journaux. Pour les journaux, c’est un moyen de mieux faire connaître leur publication rapidement et d’en augmenter les ventes ; tandis que pour les écrivains, c’est une méthode plus économe de publier leurs ouvrages, les tarifs des maisons de presse étant très élevés à cette époque.

De plus, le roman-feuilleton agrandit la sphère des lecteurs de l’écrivain, car quiconque possède le journal est dès lors en mesure de lire l’histoire. Quelques écrivains célèbres sont connus pour leurs romans-feuilletons à succès : Balzac (certains tomes de La Comédie humaine), George Sand (Mauprat, etc.), Eugène Sue avec Les Mystères de Paris, et bien d’autres. Ainsi donc, la disponibilité de ce roman formaté comme un roman-feuilleton fut l’un des critères qui contribuèrent à son succès. Le deuxième ingrédient fut son caractère multiforme. D’abord, l’auteur situe son roman dans la capitale, Paris, le mettant ainsi au centre de toutes les attentions. Ensuite, le roman emprunte un certain caractère populaire, car il dévoile la vie souterraine des plus démunis : voleurs, prostituées, meurtriers, bandits, et même de gens honnêtes qui ont été détruits du fait de circonstances malheureuses, comme François Germain.

Mais le choix d’Eugène Sue de focaliser l’intrigue de son roman sur la condition sociale des pauvres n’est pas une coïncidence, la chose était à la mode dans le monde littéraire en ce temps-là. Comme pour d’autres écrivains de son siècle – Balzac, Hugo, Sand ou Dumas –, le dessein d’Eugène Sue est de susciter chez son lecteur une prise de conscience sur les plans politique et social. Mais afin d’y arriver, Eugène Sue – issu d’une famille bourgeoise – a dû se mettre dans la peau de son héros Rodolphe et se renseigner sur la réalité sociale du peuple : les injustices, la violation des droits, etc. Ainsi donc, la quête préalable d’informations pour l’écriture de son roman ressemble à la première phase de la méthode expérimentale utilisée par Zola, et aux manœuvres préparatoires de Balzac et de Flaubert ; et ceci donne au roman Les Mystères de Paris une touche de réalisme.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Le succès d’un roman-feuilleton qui sonde la capitale >