Les mystères de Paris

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Variété du crime : milieux, causes et issues

Les Mystères de Paris a la prétention d’être une œuvre qui capture les réalités du prolétariat français de l’époque. Il illustre les difficultés, les injustices dont les couches les plus défavorisées sont victimes, mais également différents sortes de crimes – des crimes proches de la barbarie tellement ils repoussent la civilisation. Sue décrit le « Paris d’en bas » comme un monde à part, où prospèrent des mœurs qui glaceraient d’effroi les honnêtes citoyens.

« Seulement les barbares dont nous parlons sont au milieu de nous ; nous pouvons les coudoyer en nous aventurant dans les repaires où ils vivent, où ils se rassemblent pour concerter le meurtre, le vol, pour se partager enfin les dépouilles de leurs victimes. Ces hommes ont des mœurs à eux, des femmes à eux, un langage à eux, langage mystérieux, rempli d’images funestes, de métaphores dégoutantes de sang. »

Le crime est représenté chez certains personnages du prolétariat comme de la bourgeoisie. Dès les premières pages du roman, le crime est personnifié par le Chourineur qui violente la Goualeuse, laquelle résiste à son chantage. Plus tard, il prend l’apparence du « Maître d’école », de la « Chouette », de la mulâtresse Cecily, et de bien d’autres personnages comme l’ignoble notaire Ferrand – tous d’affreux personnages qui s’en prennent souvent à l’innocence et à la vertu partout où ils la croisent.

« Un jour, en revenant de mes vers, des gamins m’avaient battue et volé mon panier. Je rentre, je savais ce qui m’attendait, je reçois ma paye et pas de pain. Le soir, avant d’aller au pont, la borgnesse, furieuse de ce que je n’avais pas étrenné la veille, au lieu de me donner des coups comme d’habitude pour me mettre en train de pleurer, me martyrise jusqu’au sang en m’arrachant des cheveux du côté des tempes, où c’est le plus sensible. »

Que ce soient des crimes ignobles et inhumains ou simplement les manifestations d’une ambition sans scrupules, le crime est un élément omniprésent dans le roman-feuilleton d’Eugène Sue. Et son personnage Rodolphe s’interpose à chaque fois entre le criminel et sa victime. Ce personnage ne se contente pas d’empêcher le crime, il cherche également la rédemption du criminel. C’est ainsi qu’il finit par bénéficier d’une reconnaissance indéfectible de la plupart des personnages qu’il rencontre. Mais dans chaque cas, les deux seules issues que propose le roman sont la rédemption, ou la punition du criminel pour le crime qu’il a commis.

Le crime dans Les Mystères de Paris est, au regard du roman, un péché de circonstances – des circonstances dont la société est également responsable. Eugène Sue démontre dans son œuvre qu’il est moins aisé de rester honnête lorsque les circonstances conspirent pour faire de l’homme un criminel. Pourtant, le crime qu’il dépeint touche toutes les couches de la société parisienne. Et même si les crimes des prolétaires sont odieux et souvent brutaux, ceux de la bourgeoisie prennent un caractère d’autant plus percutant qu’ils ne sont pas le fruit des circonstances. Alors que des personnages comme le Chourineur ou Fleur-de-Marie sont conduits, par leur pauvreté et la difficulté de leur situations, à aller jusqu’au meurtre et à la prostitution, des personnages comme le notaire Ferrand volent, violent et tuent sans remords, depuis le confort que leur procure leur rang social.

« Quelques médisants affirment que, par suite d’heureuses spéculations ou de coups de bourse tentés de concert avec M. Charles Robert, le notaire serait à cette heure en mesure de rembourser le prix de sa charge ; mais la réputation de M. Jacques Ferrand est si bien établie que l’on s’accorde à regarder ces bruits comme d’horribles calomnies. »

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