Les mystères de Paris

par

Les justes attentes d’un prolétariat entre splendeurs et misères

Même si le crime est omniprésent dans l’œuvre, Eugène Sue ne manque pas de montrer les éclats de bonté et de vertu qui restent présents dans le prolétariat parisien. Qu’il s’agisse de Morel, accusé à tort, ou de la jeune Fleur-de-Marie, il y a dans cette société des personnes dignes d’être secourues. Sue fait référence à une « probité naturelle » de la classe ouvrière.

« Pourrons-nous faire comprendre au lecteur notre singulière impression, lorsqu’au milieu de ce vocabulaire infâme, où les mots qui signifient le vol, le sang, le meurtre, sont encore plus hideux et plus effrayants que les hideuses et effrayantes choses qu’ils expriment, lorsque nous avons, disons-nous, surpris cette métaphore d’une poésie si douce, si tendrement pieuse : Fleur-de-Marie ? »

Et c’est en leur apportant son assistance que le héros, Rodolphe, espère arriver à sa propre rédemption. Lui qui garde sur sa conscience le poids du parricide espère faire amende honorable en se faisant le défenseur de ceux qui ne peuvent se défendre eux-mêmes contre les plus forts ou contre les plus riches.

« Tout à coup Rodolphe redressa la tête, essuya ses larmes, se leva debout et s’approchant de Sarah, les bras croisés sur sa poitrine, l’air menaçant, impitoyable… il la contempla quelques moments en silence, puis il dit d’une voix sourde :

– Cela devait être… j’ai tiré l’épée contre mon père… je suis frappé dans mon enfant… Juste punition du parricide… »

Écrit par un auteur issu d’un milieu bourgeois, ce roman n’hésite pourtant pas à dénoncer certaines attitudes de la bourgeoisie et à encenser une partie du prolétariat. C’est un retournement de l’ordre social qui répond aux attentes d’une partie du peuple. Les Mystères de Paris seront au cœur d’une prise de conscience générale : d’abord chez les prolétaires qui se voient pour une fois représentés tels qu’ils sont, et ensuite pour les bourgeois auxquels est livré un tableau contrasté du bas peuple qu’ils connaissent si mal du fait d’une société compartimentée. L’œuvre est lue partout, elle gagne en influence et fait prendre conscience de l’injustice sociale et de l’incompétence des institutions censées garantir la sécurité de tous. L’œuvre dérange d’autant plus que son auteur est bourgeois et paraît déroger à un esprit de caste.

Un parallèle dès lors peut s’établir entre les personnages dans l’attente d’un justicier et d’un rédempteur, et leurs alter ego réels qui attendent en vain que leur sort s’améliore. Hormis le succès qu’a rencontré Les Mystères de Paris, il importe de constater l’effet d’émulation qu’il a engendré chez un nombre conséquent d’auteurs qui s’en sont inspirés pour produire d’autres œuvres littéraires – comme Les Misérables bien évidemment – propres à édifier la société dans son ensemble sur les différents univers qui la composent.

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