Lettres de mon moulin

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Alphonse Daudet

Alphonse
Daudet est un écrivain français né à Nîmes en 1840 et mort à Paris en 1897.
Surtout célèbre pour Le Petit Chose,
ses Lettres de mon moulin et sa
trilogie autour de Tartarin de Tarascon,
il a un statut de conteur provençal qu’il faudrait compléter en soulignant ses
qualités de fin psychologue, son humour tendre et sa profonde compassion pour
les humbles.

Alphonse
Daudet naît dans un milieu aisé – son père est un tisserand et négociant en
soieries, et sa mère a évolué dans le même milieu – ; il grandit à
Bezouce, un petit village du Gard. C’est un enfant précoce à la santé fragile.
Sa famille s’installe à Lyon en 1849 et le jeune Alphonse commence à étudier au
lycée Ampère. La ruine de son père en 1855 lui interdit de passer son
baccalauréat, et c’est sans aucun enthousiasme, contraint, qu’il devient maître
d’étude au collège d’Alès.

L’année
1857 marque un tournant dans la vie du jeune homme, puisqu’il a l’opportunité
de gagner Paris grâce à son frère Ernest qu’il y rejoint ; là, il peut
mener une vie de bohème et commencer à fréquenter des cercles littéraires. À
dix-huit ans, il publie déjà un premier recueil de poésie, Les Amoureuses, en partie consacré aux mignardises et aux
galanteries de l’amour. Les passions qu’il y décrit sont en partie
autobiographiques. Il peut en outre adopter une attitude cynique de jeune homme
désillusionné à la Musset comme dans « Fanfaronnade ». La nature et
des dialogues subtils ont déjà leur place dans cette œuvre, notamment dans
« Les Rossignols du cimetière » et « Le Roman du Chaperon
rouge ». L’œuvre a encore la variété propre à celle d’un jeune homme
s’essayant à différents thèmes, mais une inclination sentimentale, qui
demeurera, est déjà marquée. L’œuvre connaît un certain succès et les colonnes
des journaux s’ouvrent à lui ; il devient notamment chroniqueur au Figaro.

Dès 1859
Alphonse Daudet rencontre Frédéric Mistral, de dix ans son aîné ; leur
amitié connaîtra peu d’accrocs jusqu’à la mort du premier, et les deux hommes
correspondront abondamment. Daudet devient l’année suivante le secrétaire particulier
du président du Corps législatif, le duc de Morny, fonction qui lui laisse
suffisamment de temps pour s’adonner à sa passion des lettres et rédiger des
chroniques et des contes. Mais après la mort de son employeur en 1865, le jeune
écrivain peut désormais se consacrer entièrement à son art. Il collabore
toujours au Figaro, voyage en
Provence et commence à écrire les Lettres
de mon moulin
.

Il fait
représenter ses pièces au théâtre dès 1862 – il en écrira en tout dix-sept – mais
l’écrivain que nous connaissons se distingue surtout en 1868 avec Le Petit Chose, œuvre entre
l’autobiographie et les mémoires, où demeure néanmoins beaucoup d’invention. Le
« petit chose » est Daudet lui-même, cet être au regard lucide et au
regard féroce sur sa propre personne. L’auteur retranscrit d’abord le
déracinement d’une famille méridionale déménagée à Lyon et le temps de
souffrance que fut sa vie de pion dans les Cévennes. La deuxième partie est
très largement fictive, même si l’on retrouve la figure très positive de son
frère bien-aimé, Ernest, à travers la « mère Jacques ». L’œuvre, de
par son charme et sa poésie, sa sensibilité et sa finesse d’observation, figure
désormais parmi les classiques de la littérature française. Elle assied la
réputation de l’auteur qui continue à collaborer à divers journaux dont L’Illustration et Le Moniteur.

Dès 1866,
des Lettres de mon moulin paraissent dans
L’Événement ; elles sont
publiées en volume en 1869. Elles réunissent des paraboles, des contes
fantastiques et drolatiques, des ballades en prose qui ont pour fond divers
aspects de la vie méridionale, des caractéristiques supposées de l’humeur
provençale, dont Daudet, devenu parisien, a toujours gardé une profonde
nostalgie. Parmi les contes les plus connus figure La Chèvre de Monsieur Seguin, qui prévient contre les dangers de
l’emploi irréfléchi de sa liberté. Le Secret
de maître Cornille 
est celui d’un homme orgueilleux qui continue à
faire croire qu’il moud du blé, faisant tourner son moulin alors qu’une
minoterie à vapeur a réduit ceux de ses collègues à l’immobilité. Quand ses
voisins découvrent que la poudre blanche qu’il produit est du plâtre, pris de
compassion ils lui apportent leur froment. La
Mule du pape
raconte la vengeance de cet animal qui attendra sept ans son
accomplissement. Sur un ton tour à tour malicieux et sentimental, par des
traits légers, pas trop appuyés, un art simple donc, Daudet excelle à esquisser
des personnages émouvants et pittoresques, à rendre un climat ou à peindre des
paysages. Par-dessus tout domine une profonde sympathie pour les personnages, les
bêtes, les humbles évoqués – qui le rapproche de Charles Dickens. La dimension
populaire des œuvres de Daudet ne condamne en rien la précision de
l’observation psychologique.

En 1872,
Daudet tire de ses Lettres un drame
en trois actes, L’Arlésienne,
accompagné d’une musique de Georges Bizet. Le protagoniste, Frédéri, connaît
une fin tragique après avoir aimé l’Arlésienne, absente de la scène, qui
appartient à un autre, et épousé Vivette qui l’aimait depuis longtemps, mais
qui n’aura pas su lui faire oublier son précédent amour. L’intrigue amoureuse
semble être un prétexte à une évocation, à nouveau, de la vie provençale, dont
un type apparaît notamment sous les traits du frère de Frédéri, l’idiot
Innocent. Même si sa musique connaîtra une grande postérité, surtout à partir
de 1885 et sa « Suite », la pièce en elle-même connaîtra d’abord un
succès médiocre.

En 1872
toujours paraît une des œuvres les plus célèbres de Daudet, Tartarin de Tarascon, articulée autour du
personnage éponyme, un type du méridional fiérot, débitant nombre de
vantardises frayant avec le mensonge. L’auteur fait donc là preuve d’un
réalisme plus outré que dans ses Lettres.
Tartarin, propriétaire d’un petit baobab d’un mètre de haut, lecteur de
Fenimore Cooper, ne fait que s’imaginer des aventures extraordinaires jusqu’à
ce qu’il aille en vivre quelques-unes – qui seront à nouveau bien sûr
grandement déformées à son retour – en Algérie où il part avec pour dessein de
chasser le lion. Treize ans plus tard paraîtra Tartarin sur les Alpes, prétexte à une caricature bouffonne de la
Suisse, de ses touristes, de son économie hôtelière, où l’on retrouve notre
héros prêt à faire taire les envieux et la calomnie en escaladant le mont
Blanc, après s’être entraîné à l’occasion d’un tour de la Suisse au cours
duquel il multiplie les rencontres. Encore trois ans plus tard, en 1890, Daudet
publie enfin Port-Tarascon, dernier
tome qui voit les Tarasconnais révoltés contre la suppression des Congrégations
religieuses, si bien qu’ils envisagent de fonder une colonie en Australie.

Les Contes du lundi paraissent en 1873 et
réunissent une quarantaine de textes dont la matière tourne autour de la guerre
de 1870 et de la Commune, dans un style plus impressionniste que réaliste, et
en adjoignant aux sentiments pathétiques celui de la discrétion. L’auteur, qui
ne se moque pas, qui portraiture toujours sans juger, offre divers tableaux de
situations cocasses, poignantes, ou encore des travers humains, avec sa
fantaisie et sa compassion habituelles. La
Dernière Classe
par exemple offre une tribune à un instituteur alsacien à
qui l’on a interdit d’apprendre le français ; le dernier cours de cet
homme digne et au cœur pur est l’occasion pour lui de proclamer son attachement
à son pays en souffrance. L’Enfant espion
met en scène un père qui prend les armes contre les assiégeants après avoir
convaincu son fils, qui a livré aux Prussiens des francs-tireurs, de félonie,
tandis que La Défense de Tarascon offre
l’image caricaturale mais drôle d’un Midi engagé à fond contre l’envahisseur,
c’est-à-dire ne faisant à peu près rien. À nouveau l’auteur, dans ces contes,
se distingue par ce qui apparaît comme une facilité d’écriture, la simplicité,
le naturel et la fraîcheur qu’on imagine à un conteur provençal, et qui
assurent leur popularité.

À partir
de 1874, Daudet écrit des romans de mœurs. Ayant beaucoup observé ceux de la
capitale, les milieux des affaires et de la politique en tant que secrétaire du
duc de Morny, son œuvre, appuyée sur un important travail de documentation,
subit une inflexion naturaliste qui le fait pencher du côté des Goncourt –
Daudet fera d’ailleurs partie de l’Académie Goncourt dès sa fondation – et de
Zola. Le premier roman de cette veine est Fromont
jeune et Risler aîné
, publié en 1874, où la maison de l’industriel Fromont
apparaît d’abord à travers le regard d’une petite fille pauvre, Sidonie Chèbe,
qui finira par mêler sa vie à celle de cette riche famille, à travers un bon
Suisse naïf qu’elle épouse, Risler, associé des Fromont dont elle brise le
mariage du fils qu’elle convoitait depuis longtemps en le prenant pour amant.
Risler apparaît jusqu’à la fin comme la tragique victime des manœuvres de sa
femme. Autour de cette intrigue principale gravite tout un monde de pauvres
gens décrits par Daudet avec toujours la même finesse d’analyse et la même
compassion. Daudet publiera en outre Jack
(1876), Le Nabab (1877), Les Rois en exil (1878), Sapho : mœurs parisiennes (1884) et
L’Immortel (1888), entre autres
œuvres.

Cette
veine naturaliste a été saluée par Zola lui-même, mais Daudet se distingue des
tenants stricts de cette tendance par l’émotion et la sensibilité qui
caractérisent ses œuvres. Il ne condamne pas comme eux la société, mais sa
bonne humeur, son optimisme, sa bonté le poussent bien plutôt à comprendre les
travers humains. Tous ces traits apparaissent largement dans ses œuvres car
l’auteur est un narrateur largement présent qui laisse affleurer son sourire et
sa tendresse, même si les tableaux qu’il peint conservent une rigueur
d’analyste lucide, tempérée par la fantaisie et la légèreté qui lui sont
propres, car il fait partie de ceux qui pensent qu’il ne suffit pas d’être
exact pour être vrai.

Son fils
Léon Daudet, lui-même écrivain et journaliste, parle en ces termes de son
père : « Vous connaissez le mot célèbre de l’égoïste s’étonnant de l’action
d’un ami : c’est drôle, les autres !
Mon père nota toute sa vie les gestes et les paroles de ces autres, mais il s’efforça toujours de
les comprendre, de se mettre à leur place, de “sortir de sa peau pour entrer
dans la leur”, c’étaient ses propres expressions. »

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