Lettres de mon moulin

par

L'Élixir du révérend Père Gaucher

Les Pères Blancs, moines de l'ordre des Prémontrés, étaient dans la misère. Leur monastère tombait en ruine, leur clocher n'avait plus de cloche, ils étaient vêtus comme des miséreux et leur ventre criait famine. Qu'allaient-ils devenir ? Réunis en chapitre pour discuter de l'avenir de leur communauté, ils eurent la surprise de voir le plus pauvre, le plus misérable, le moins instruit d'entre eux prendre la parole : le bouvier, le père Gaucher. Avec des mots tout simples, il proposa une chose inattendue à l'assemblée : fabriquer une liqueur. Mais attention, pas n'importe quelle liqueur ! Il en tenait la recette de sa tante Bégon, une vieille originale qui l'avait élevé. Il suffirait de vendre ensuite la liqueur, et l'ordre en tirerait de quoi subsister. Ma foi, pourquoi ne pas essayer ? C'est ce qui fut fait et au bout de six mois, l’élixir du père Gaucher était connu dans tout le pays d'Arles. Les murs du monastère furent rebâtis, le clocher retrouva ses cloches, et les moines retrouvèrent le sourire, celui-là même qu'arborait le moine que l'on voyait sur les flacons contenant la belle liqueur verte et dorée.

C'était le père Gaucher lui-même qui, dans le secret de son atelier, distillait le précieux liquide. Personne, pas même le chanoine, n'osait pénétrer dans ce laboratoire. Le père Gaucher passait là tout son temps, au milieu des alambics et des cornues, illuminé par la lueur rouge de quelque fourneau. Il ne quittait ce lieu que le soir venu, pour assister à l'office, entouré du respect de tous. Dame, c'est à lui que le monastère devait sa prospérité nouvelle ! Hélas, cette félicité ne dura pas. Un soir, l'office allait commencer quand le père Gaucher entra dans l'église le capuchon de travers, il se trempa la...

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