Lettres de mon moulin

par

La mule du Pape

C'était au temps où le pape Boniface régnait en Avignon. Ce pape, un bon vieux bonhomme débonnaire et aimable, avait une mule, une jolie petite mule ravissante et mignonne que le pape gâtait comme si c'était un être humain. C'est vrai qu'elle était belle, toute noire avec un peu de rouge, et une petite tête, douce et naïve. Il la choyait, et allait jusqu'à lui faire préparer chaque soir un grand bol de vin sucré et aromatisé que le bel animal lapait avec joie. D'ailleurs, tout Avignon en était fou, et l'heureux animal coulait des jours paisibles dans son écurie. Mais tout cela changea quand l'odieux Tistet Védène apparut dans sa vie. C'était un galopin effronté qui décida un jour de gagner les faveurs du bon vieux Boniface, en lui chantant les mérites de sa mule : il n'y avait nulle part de plus bel animal que la mule de sa Sainteté, disait-il, et c'étaient des compliments, des flatteries à n'en plus finir. Le bon pape Boniface en était tout ému, tant et si bien que, convaincu que cette petite fripouille de Tistet Védène était un brave garçon, il le fit entrer à son service.

Une fois introduit dans la place, Tistet poursuivit son manège en flattant outrageusement la mule du pape, qui finit par lui confier le soin de son animal chéri. C'est lui, par exemple, qui allait porter le vin sucré à la mule, mais celle-ci n'en connaissait guère le goût, puisque c'est l'odieux Tistet qui se régalait de la bonne liqueur avec quelques garnements de son âge, sous les yeux de la pauvre mule impuissante. Pire : une fois le vin avalé, les garçons s'en donnaient à cœur joie, lui tirant les oreilles ou la queue. La pauvre bête ne réagissait pas, elle attendait son heure...

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