Odyssée

par

La ruse supérieure à la force

Lorsqu’on observe les différents personnages de l’Odyssée et qu’on les connecte aux combats divers auxquels ils ont dû faire face (combats physiques comme psychologiques), on se rend très vite compte que d’un point de vue général, la ruse est beaucoup plus importante que la force dans la mythologie grecque. D’Ulysse à Pénélope en passant par les personnages féminins tels qu’Athéna ou Circé, on peut constater que la plupart du temps, leur habileté et leur délicatesse sont ce qui leur permet de se défaire des situations non désirées dans lesquelles ils se retrouvent parfois.

« Mais le subtil Odysseus parla ainsi, plein de ruse :

– Ô amis, il n'est pas juste qu'un vieillard flétri par la douleur lutte contre un homme jeune ; mais la faim, mauvaise conseillère, me pousse à me faire couvrir de plaies. Cependant, jurez tous par un grand serment qu'aucun de vous, pour venir en aide à Iros, ne me frappera de sa forte main, afin que je sois dompté. »

Nous pouvons être tentés d’argumenter qu’ils sont soit des dieux soit sous la protection des dieux et que par conséquent, quoi qu’il en soit, ils feront toujours usage de la force à un moment donné. Néanmoins, ceci n’est pas le cas : prenons l’exemple de Pénélope, une humaine à l’instar d’Ulysse et de Télémaque, harcelée par des prétendants qui ne peuvent plus supporter d’attendre indéfiniment qu’elle choisisse l’un d’eux. Insouciante de leur impatience et beaucoup plus concernée par ses espoirs de revoir Ulysse un jour, Pénélope prolonge leur attente en faisant usage de ruse : elle prétend tisser une grande toile pour son beau-père, destiné à envelopper son corps après sa mort. Mais ce que personne ne sait, c’est qu’elle défait la toile chaque soir, de telle manière qu’elle ne puisse jamais l’achever. Ceci est une preuve d’intelligence et qui ne requiert ni intervention divine ni force physique. Pénélope est simplement une femme rusée :

« alors, pendant le jour, elle tissait la grande toile, et, pendant la nuit, ayant allumé les torches, elle la défaisait. Ainsi, trois ans, elle cacha sa ruse et trompa les Akhaiens. »

Similairement, Ulysse fait preuve de ruse partout (sa tentative d’échapper à la guerre de Troie en prétendant être fou, son esquive des sortilèges de Circé en envoyant ses compagnons devant lui). Et bien qu’il soit physiquement fort, béni et protégé des dieux, il n’a recours à ces deux atouts que dans les situations extrêmement difficiles où sa seule intervention, simplement humaine, ne serait pas suffisante.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur La ruse supérieure à la force >