Pierre et Jean

par

Louise Roland

C’est « une femme de quarante-huit ans qui ne les portait pas ». Femme mûre au seuil de la vieillesse, « ses cheveux châtains commençaient seulement à blanchir ». « Elle aimait les lectures, les romans et les poésies, non pour leur valeur d’art, mais pour la songerie mélancolique et tendre qu’ils éveillaient en elle ». Elle donne l’image d’une épouse tranquille et résignée à la vie ennuyeuse que lui fait mener son épais mari. Elle semble au prime abord bien loin des bouleversements du cœur, puisque son âme est « bien tenue comme un livre de comptes ». En outre, cette mère parfaite est adorée de ses fils, qui voient en elle une sainte.

Pourtant, cette femme a aimé, passionnément. Pas son mari, non, elle a aimé Léon Maréchal, durant des années, presque au grand jour, sous les yeux d’un mari borné. Léon Maréchal et Louise Roland ont vécu une grande passion, et quand celle-ci a commencé à tiédir, ce fut un déchirement pour celle qui aimait toujours son amant. Cet amour a donné un fruit, Jean, enfant illégitime et adoré.

L’héritage que Léon Maréchal offre à Jean va non seulement raviver les plaies au cœur de Louise Roland mais va en ouvrir une nouvelle : son fils aîné, Pierre, ne lui pardonne pas ce qu’il voit comme une faute. Elle en ressent un chagrin brûlant, mais si tout était à refaire, elle prendrait le même chemin. Ainsi qu’elle l’explique à Jean : « dis-toi bien que si j’ai été la maîtresse de ton père, j’ai été encore plus sa femme, sa vraie femme, que je n’en ai pas honte au fond du cœur, que je ne regrette rien ». Sa liaison avec Léon Maréchal a été un des deux seuls bonheurs de sa vie, avec ses deux enfants. Cette femme, engourdie par un quotidien profondément ennuyeux auprès d’un mari qu’elle n’aime pas, a connu les joies douces-amères de l’adultère, et le bonheur profond de la maternité. Le bilan de sa vie se résume à cette phrase, adressée à ses fils : « Sans vous, ce serait vide, noir et vide, comme la nuit ».

La brutalité de Pierre à son encontre est intolérable, et elle ne peut continuer à vivre de la sorte. Elle préfère quitter le domicile conjugal plutôt que de subir la dureté de son aîné : « j’ai assez souffert, j’ai trop souffert », résume-t-elle à Jean. Ce dernier va la convaincre de rester, et va éloigner Pierre. Le départ du fils aîné et aimé est un déchirement pour Louise, mais elle sait que cette solution pénible est préférable à une vie infernale sous le même toit. Les adieux avec Pierre sont lourds, et Louise Roland voit disparaître le bateau et son fils à l’horizon, le cœur déchiré. Louise Roland paie très cher quelques mois de bonheur avec Léon Maréchal. 

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