Pierre et Jean

par

Résumé

Préface

 

Dans la préface, intitulée « Le roman », Maupassant évoque d’abord les critiques professionnels qui reprochent à tel ou tel ouvrage de ne pas être un roman à proprement parler. Qui a donc décrété, écrit-il, qu’il n’existerait qu’une forme de roman, constituée d’un début, d’un développement et d’une fin ? Le critique devrait, au contraire, pousser le jeune romancier à trouver de nouvelles formes d’expression. Mais après tout, un critique n’est jamais qu’un lecteur comme un autre, qui attend d’un roman qu’il l’émeuve, et ce de façon personnelle. Pourtant, c’est l’effort du romancier que devrait apprécier le critique, et rien d’autre.

Quand Maupassant écrit, le naturalisme est apparu, courant qui prône le réalisme dans le récit. L’art du romancier naturaliste est de choisir, dans les événements d’une vie entière qu’il faut résumer en trois cents pages, ceux qui n’auront rien d’exceptionnel, mais qui, mis en lumière par l’art du romancier, porteront le lecteur d’une période de la vie du protagoniste à la suivante, jusqu’à une conclusion qui amènera le lecteur à réfléchir : « le Romancier d’aujourd’hui écrit l’histoire du cœur, de l’âme et de l’intelligence à l’état normal », rien de plus, mais c’est pourtant un art des plus difficiles. Il ne s’agit pas d’une simple photographie de la vie, mais d’une vision la plus complète possible. Le beau, le laid, et toutes ces sortes de dogmes esthétiques ou moraux sont, par nature, fluctuants. L’écrivain de talent parvient à imposer son illusion particulière.

Attention : décrire la vie de façon réaliste n’abolit pas le besoin de psychologie dans l’art. Le roman ne doit pas être une œuvre sèche : la psychologie doit y être présente, cachée dans les faits de l’existence. Deux maîtres ont aidé Maupassant à trouver la voie qui est la sienne : le poète français Bouilhet (1822-1869) et bien sûr Flaubert. Tous deux lui ont montré, par l’exemple et une bienveillante écoute critique, la voie du travail, de la constante recherche de la place absolument juste du mot, et du refus de la facilité que serait la généralisation des faits, des choses ou des gens : chaque situation décrite, chaque personnage qui apparaît, même de façon fugace, sont uniques et doivent être décrits comme tels. Et cette maîtrise ne s’obtient qu’à force de travail : « Le talent est une longue patience. »

Enfin, nul besoin d’aller chercher, comme le font alors les symbolistes, un vocabulaire abscons ou obsolète, qui ne sera compris que par une poignée d’esthètes – « La langue française, d’ailleurs, est une eau pure que les écrivains maniérés n’ont jamais pu et ne pourront jamais troubler. » Qu’importent les modes qui, par essence, ne font que passer : seul importe l’usage d’une langue simple, pure, et limpide. C’est cela qui en fait la beauté.

 

 

Récit

 

L’action se déroule au Havre dans les années 1880. Gérôme Roland tenait une petite bijouterie à Paris. Dès que ses moyens financiers le lui ont permis, il a vendu sa boutique et a déménagé pour s’installer au Havre, où il donne libre cours à ses deux marottes : les petites promenades en mer et les parties de pêche. Il aime à naviguer sur son petit bateau, la Perle, en compagnie de son ami le capitaine Beaussire ou du matelot surnommé Jean-Bart. Le lecteur découvre l’ancien boutiquier avec sa famille, au cours d’une partie en mer où, par extraordinaire, il a consenti à emmener deux dames. Il y a là, aussi, ses deux fils, Pierre et Jean. Pierre, homme d’une trentaine d’années, vient d’obtenir son doctorat en médecine, après de longues et hésitantes études. Jean, âgé de vingt-cinq ans, vient de passer sa licence pour devenir avocat. Les deux frères sont fort dissemblables : Pierre est vif, passionné, le visage orné de favoris noirs ; il a un tempérament hésitant, il est exalté et intelligent. Jean, blond et barbu, n’est pas emporté comme son aîné : c’est un homme calme, réfléchi, doux, et il n’aime rien tant qu’une vie paisible. Les deux garçons comptent s’installer au Havre et s’y faire une clientèle. Ils semblent bien s’entendre, même si une rivalité naturelle chez deux frères les pousse parfois à des compétitions futiles, comme lorsqu’ils rament au banc de la petite embarcation paternelle. Agacé de toujours entendre son cadet cité en exemple par ses parents, Pierre a développé une sourde jalousie envers Jean. Parmi les femmes à bord figure Louise Roland, l’épouse de l’ancien bijoutier et mère des deux jeunes hommes. Bourgeoise au tempérament sentimental, bientôt quinquagénaire, elle apaise les petites rivalités qui naissent entre ses fils. Quant à la deuxième, c’est une jeune veuve de vingt-trois ans, Mme Rosémilly, dont la présence régulière au sein du foyer des Roland a poussé les deux frères à la courtiser, sans que l’un ou l’autre n’ait pris l’avantage.

Au retour à la maison, une nouvelle incroyable attend la famille Roland : le notaire Maître Lecanu leur apprend la mort d’un ami proche de la famille, un certain Maréchal. Celui-ci, d’abord client de la petite bijouterie, était devenu petit à petit un familier qui passait ses soirées avec le commerçant, sa femme et leurs deux fils. La tristesse qu’apporte ce décès est vite effacée quand Lecanu leur apprend que Maréchal, mort sans famille, a fait de Jean son légataire universel. La joie éclate : Jean est un homme riche, il va avoir quarante mille francs de rente ! Une vie de luxe l’attend. Cependant, si la joie de Roland est exubérante, celle de son épouse est teintée d’une évidente retenue, voire d’une vraie tristesse. Quant à Pierre, si son premier mouvement est de se réjouir pour son frère, il ne peut s’empêcher de songer : pourquoi Maréchal, qui connaissait les deux fils, ne lui a-t-il rien laissé ? Il va se promener sur le port, croise Jean, à qui il serre la main, puis va visiter un ami, un pharmacien d’origine polonaise nommé Marowsko. C’est ce dernier qui sème la graine du doute dans l’esprit du médecin : un héritage pareil pour un seul des deux fils, voilà qui ne fera pas bon effet. Pierre rencontre ensuite une fille, serveuse dans une brasserie. Elle exprime son opinion de façon moins diplomate : pas étonnant que Jean ressemble si peu à Pierre. Et pendant que les autres membres de la famille bâtissent des projets pleins de bonheur et de richesse, le poison du doute commence à sourdre dans l’esprit du frère aîné. Quand Pierre se souvient du portrait de Maréchal – maintenant disparu, caché par sa mère –, qui trônait autrefois dans la salle à manger familiale, il se pose la question : Jean ne serait-il pas le fils de Maréchal ?

Quand sa mère lui ment au sujet du portrait, qu’elle affirme avoir égaré mais qu’elle a en fait caché, Pierre ne doute plus. C’en est fait de l’image de pureté qu’avait à ses yeux sa mère. Celle-ci, comme bien d’autres, a failli, elle a trompé son légitime époux. De plus, les projets de réussite que Pierre nourrit sont bien pâles en comparaison de ceux que Jean peut se permettre. Ainsi, Pierre découvre un très bel appartement où il compte ouvrir son cabinet, mais le manque d’argent l’empêche de le louer. Le lendemain même, c’est Jean qui loue l’appartement et le redécore entièrement.

La belle atmosphère familiale a disparu, et elle est même devenue irrespirable pour Pierre, qui adopte une attitude glaciale, voire odieuse avec sa mère. Elle comprend bientôt que son fils a deviné la vérité : Jean est effectivement le fruit d’un adultère. Ce secret qu’il juge infâme, il est le seul à l’avoir percé. Roland père poursuit sa vie béate entre ses parties de pêche et son petit voilier, et Jean prépare son installation. Au cours d’une partie de pêche, il va jusqu’à proposer à Mme Rosémilly de l’épouser. Celle-ci, en femme raisonnable, accepte sur le champ. Ce dernier coup précipite la résolution de Pierre : il parle à son frère et lui apprend la vérité. Il lui faut refuser l’héritage de Maréchal, sous peine de déshonorer leur mère. Une fois le premier choc passé, Jean décide de garder l’héritage. De plus, il va trouver sa mère, et loin de la rejeter il lui signifie qu’elle est sa mère et qu’il l’aime, quoi qu’il advienne. Cependant, la vie familiale ne peut continuer ainsi, Pierre ne peut habiter sous le même toit qu’une mère qu’il rudoie de la sorte. Jean a une idée : et si Pierre s’embarquait comme médecin sur un de ces paquebots qui assurent la liaison entre Le Havre et New York ? L’aîné comprend que c’est là une solution honorable pour tous. D’ailleurs, qui le regrettera ? La fille de la brasserie ne le reconnaît plus, son ami pharmacien lui reproche de l’abandonner car il comptait sur sa clientèle. Pierre obtient le poste de médecin à bord de la Lorraine, un transatlantique tout neuf. Le jour du départ, sa famille lui fait ses adieux dans sa petite cabine, et s’embarque sur la Perle, afin de lui offrir un dernier au revoir depuis l’océan. Les Roland et Mme Rosémilly regardent le navire qui s’éloigne. Bientôt, ceux-ci vont voguer vers un avenir ensoleillé, tandis que Pierre disparaît à l’horizon, comme une petite fumée grise.

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