Pierre et Jean

par

Mme Rosémilly

C’est la « veuve d’un capitaine au long cours, mort à la mer deux ans auparavant », une femme jolie et charmante, « blonde avec des yeux bleus, une couronne de cheveux follets envolés à la moindre brise et un petit air crâne, hardi, batailleur, qui ne concordait point du tout avec la sage méthode de son esprit ». Il est bien naturel que Pierre et Jean se laissent séduire par cette femme si fraîche. Cependant, Mme Rosémilly est une jeune femme qui est tout sauf sotte. C’est, à « vingt-trois ans, une maîtresse femme qui connaissait l’existence d’instinct, comme un animal libre, comme si elle eût vu, compris et pesé tous les événements possibles, qu’elle jugeait avec un esprit sain, étroit et bienveillant ».

Elle jouit d’un revenu confortable, qui lui permet de vivre de façon indépendante, et lui permet de choisir en toute liberté un nouveau mari. Cette femme jeune n’entend pas s’enfermer dans un triste veuvage ; Pierre et Jean sont deux partis qui s’offrent à elle. La fortune qui échoit à Jean fait pencher la balance en faveur de ce dernier, aussi accepte-t-elle sans hésiter, mais avec une réserve de bon aloi, la demande en mariage du plus jeune des fils Roland.

Une observation attentive de ses faits et gestes indique au lecteur que Mme Rosémilly prend garde de ne pas laisser les relations entre la famille Roland et elle se distendre. En outre, elle est le témoin des événements qui bouleversent le foyer de l’ancien bijoutier : la jalousie qui dévore Pierre ne lui échappe pas. En ce qui concerne Jean, il lui suffit d’attendre sa demande, sans brusquer les choses. Quant aux parents Roland, elle sait quelle attitude adopter avec eux afin que le mariage soit accepté avec bonheur ; elle a d’ailleurs saisi le peu d’importance de Gérôme Roland dans sa propre maison. Sa sagacité lui permet de lire dans cette famille comme dans un livre.

Pierre, jaloux de son frère, affecte de l’appeler « la veuve », et la considère comme une « petite dinde raisonnable ». le choix de ce dernier adjectif est judicieux : Mme Rosémilly trompe les Roland en offrant une image de ce qu’elle n’est pas, c’est-à-dire un joli petit animal inoffensif. Elle n’a rien d’une dinde, mais est sage et pondérée, et sera sans doute une épouse parfaite pour le futur avocat qu’est Jean.

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