Poil de Carotte

par

Les tourments de l'enfance

L’enfance est une période forte d’apprentissage, où l’individu se construit. Pourtant, notre héros roux ne bénéficie pas d’un environnement propice à l’épanouissement, il est forcé de ruser et de se livrer à divers calculs pour diminuer sa punition pour être né. C’est un garçon à l’existence effacée (A), que sa mère force à grandir plus vite que les autres (B).

 

A. Un garçon à l’existence effacée

 

         Les romans dont le personnage principal est un enfant sont généralement des romans d’apprentissage. Ce n’est pas le cas de Poil de Carotte ; l’aventure ne le guette que dans son imagination. Il s’agit d’épisodes plus ou moins marquants d’une vie à la campagne banale. Poil de Carotte n’a pas d’existence à proprement parler, il ne se construit pas lui-même, puisque son comportement et ses goûts sont dictés par ses proches. Son frère et sa sœur le trouvent « courageux » (« Les Poules »), sa mère lui impose ses goûts et dégoûts culinaires (« Les Lapins »), son père le persuade qu’il est un chasseur (« La Carabine »). Les mésaventures de Poil de Carotte sont certes risibles, cocasses, il n’en reste pas moins qu’il n’est pas un membre normal de la famille, et à lui échoient toutes les tâches que personne ne souhaite entreprendre.

 

B. Un garçon forcé de grandir plus vite que les autres

 

         Poil de Carotte est le cadet des Lepic, et malgré ses craintes, son jeune âge et la présence d’une bonne à la maison, c’est sur lui que reposent des responsabilités souvent inadaptées : clôturer l’enclos des poules à la tombée de la nuit alors qu’il craint l’obscurité ou achever les perdrix que son père ramène de la chasse. Ce dernier épisode expose une première manifestation du penchant destructeur du héros : lorsqu’il tue, apparemment de sang-froid, des animaux blessés. La dualité du personnage, bouc-émissaire et bourreau, transparaît pour connaître une ascension fulgurante au fil de l’histoire. Cette dualité, que beaucoup de critiques considèrent comme inhérente au personnage, apparaît pour notre part provoquée. L’enfant, obligé d’effectuer une tâche qui lui répugne, pousse la violence à son paroxysme comme pour s’en détacher, comme la manifestation d’une catharsis nécessaire tant à l’auteur qu’à son héros.

Poil de Carotte doit surtout se détacher du personnage de la mère, omniprésente tant physiquement que dans les pensées du héros ; elle lui applique ses goûts et son appétit, et, forcé de céder sa chambre lorsque l’on reçoit des invités, dort dans le même lit qu’elle. Son fils ne pouvant s’empêcher de ronfler, elle lui pince fortement les fesses (« Le Cauchemar »). Ce châtiment corporel semble rappeler que le cauchemar, c’est l’existence permanente de la mère, ne laissant jamais de repos à Poil de Carotte (il est à noter que les rares autres femmes dont il est fait mention sont effacées, et, à l’exception d’Ernestine, chassées par la mère). Cet épisode explique également la remarque de Violone, dans « Les Joues rouges », lorsqu’il reproche à Poil de Carotte d’être « déjà trop dépravé pour son âge ». « Le Cauchemar » fait également référence à celui, incestueux, que Jules Renard relate dans son journal (cf. développements sur le père). Implicitement, l’auteur dévoile le caractère malsain de la relation mère-fils. Le triangle amoureux habituellement reconnu dans le complexe d’Œdipe ne joue plus puisque le père est déjà mort du fait de son absence.

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