Contes et nouvelles en vers

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Charles Perrault

Chronologie : Vie &
Regards sur l’œuvre

 

1628 : Charles Perrault naît à Paris dans une famille de la
bourgeoisie parlementaire aux inclinations jansénistes. Son frère jumeau meurt
alors qu’il a six mois. On lui transmet dès sa jeunesse un regard distant sur
les superstitions populaires, qui se traduira par un ton ironique dans ses
contes. Il étudie la philosophie au collège
de Beauvais
mais prétendra dans ses mémoires avoir quitté l’établissement
avec un camarade pour étudier plus librement. S’il se passionne dans sa
jeunesse pour de nombreuses sciences, il finit par se tourner vers la
littérature comme sa vocation véritable. Ainsi s’il étudie le droit civil jusqu’à être reçu avocat à Orléans, il ne plaidera pas beaucoup. Il écrit avec ses frères Les
Murs de Troie
, un poème
burlesque
qui paraît en 1653 et où les Perrault se moque de la manière
antique.

1654 : Son
frère receveur général des Finances de
Paris
le prend comme commis,
puis il devient en 1663 celui de Colbert, protecteur de la famille
Perrault, avant d’être nommé contrôleur
général de la surintendance des bâtiments du roi
et membre de la commission chargée de rédiger des inscriptions pour les monuments publics, future Académie des
inscriptions et belles-lettres. À partir de 1672, il sert le ministre comme académicien – il contribue à réformer l’institution (séances de
réception publiques, élection à bulletins secrets) – et dirige avec le poète et
critique Jean Chapelain le service
de la propagande royale. Il exerce
alors une grande influence sur les lettres, les sciences et les arts. Après
vingt ans de bons services auprès de Colbert, il perd sa place en raison de
manœuvres de Boileau, Racine et Louvois. Il publie alors, peu après la
révocation de l’édit de Nantes, une épopée
chrétienne
, Saint Paulin, où il pose en humaniste dévot pour regagner sa position.

1687 : Perrault
relance une vieille querelle avec Le Siècle de Louis le Grand, un bref poème qu’il lit devant l’Académie et
qui eut un grand retentissement dans
le monde des lettres. Charles Perrault y compare le siècle de Louis XIV à celui d’Auguste
en termes de floraison des arts.
Il conteste ainsi l’idolâtrie des auteurs anciens auxquels n’ont selon lui rien
à envier certains contemporains, parmi lesquels Malherbe, Rotrou, Racan et
Régnier. Il loue les temps modernes pour leurs découvertes scientifiques et
leurs progrès techniques et en appelle donc à une plus grande affirmation des
valeurs du temps. Pour discréditer l’art
de l’Antiquité
il y associe le paganisme,
tandis que l’art moderne bénéficie
de la bonne influence du christianisme
et du roi. S’il gagna par exemple Fontenelle à sa cause (qui fit paraître l’année
suivante une Digression sur les anciens
et les modernes
), Racine, Boileau, La Fontaine et bien des érudits défendirent
contre lui les anciens, dans ce qu’on appelle la Querelle des Anciens et des Modernes.

1688 : Perrault
publie ensuite en quatre volumes, entre 1688 et 1696, son Parallèle des Anciens et des
Modernes
, qui poursuit la polémique entamée par Le Siècle de Louis le Grand et la Digression de Fontenelle. Perrault y met en scène trois personnages
représentant trois pôles de la discussion : le magistrat représente le camp des Anciens ; le chevalier, esprit audacieux fréquentant
les salons, croit en la supériorité des Modernes ; l’abbé enfin se fait le
porte-parole de l’auteur et offre un compromis : si les Anciens sont respectables,
certains Modernes se distinguent
tout autant sinon plus par leur originalité
et leur pouvoir de création. Il est
question d’architecture, de peinture, de sculpture, d’éloquence, des sciences
et de poésie ; et Perrault de louer Le Brun, le Louvre, ainsi que Pascal
et Boileau qui ont su surpasser Platon et Horace à ses yeux. Il exprime sa
croyance en un perfectionnement des arts et des sciences au fil des âges. L’œuvre peut être considérée comme une
des premières recherches de littérature
comparée
.

1691 : Perrault
fait paraître une longue nouvelle, La marquise de Salusses ou la Patience de
Griselidis
, inspirée du Décaméron
de Boccace et d’un livret de colportage répandu, qui loue chez les femmes ces
vertus que sont la patience et la fidélité. Il publie encore deux contes en
vers : Les Souhaits ridicules en 1693
et Peau
d’âne
en 1694, et réunit les
trois récits dans un recueil en 1694, auquel est jointe une préface l’année suivante. Perrault y loue
l’enseignement que l’on trouve dans les contes modernes, qu’il dit supérieurs
aux contes antiques, marqués par l’immoralité, parce qu’ils bénéficient de la
bonne influence du christianisme. Notons que la version en prose de Peau d’âne n’est pas de Perrault.

1697 : Dans
ses Contes
de ma mère l’Oye
, appelés aussi Histoires ou Contes du temps passé avec des
moralités
, Perrault mêle de nombreuses traditions, des histoires issues du folklore, pour former un recueil dont nombre de contes seront
promis à un grand avenir, mais que l’académicien ne put assumer sous son nom et
attribua à Pierre Darmancour, l’un de ses fils, qui avait alors dix-neuf ans. Y
figurent huit contes en prose dont six
au moins sont devenus immensément populaires : La Belle au bois dormant, Le
Petit Chaperon rouge
, La Barbe bleue,
Le Maître chat ou le Chat botté, Les Fées, Cendrillon ou la Petite Pantoufle de verre, Riquet à la houppe et enfin Le
Petit Poucet
. Les trois textes du recueil de 1694 viendront s’y ajouter en
1781, année de la première édition dite complète. On trouve des échos
antérieurs, contemporains ou postérieurs de ces histoires à travers le monde
entier, que ce soit dans la mythologie druidique, dans le Caucase, en Palestine
ou en Inde. Mais les références antiques
y sont abandonnées ; si les
récits visent à cultiver l’esprit,
ce doit être sans prétention ni
pédantisme
. La préface signale d’ailleurs qu’il ne s’agit pas de
« pures bagatelles ». Perrault étant coutumier des collaborations, il
est probable qu’il ait travaillé à partir de contes notés par son fils.  On y trouve la verve antisuperstitieuse typique de sa famille, une ironie tout du long qui met à distance et désamorce le merveilleux des vieilles croyances. Les histoires
recèlent en outre de nombreux clins
d’œil
et sous-entendus adressés
aux adultes et aux gens du monde, où
étaient alors en vogue les moralités, les énigmes et les bouts-rimés. Le
recueil est bien accueilli et
connaîtra au moins trois réimpressions du vivant de l’auteur. Sa véritable paternité
devient publique dans les premières années du XVIIIe siècle et le
recueil sera largement répandu par le biais de la littérature de colportage. Au
XIXe siècle, suite à la
loi de Guizot sur l’instruction primaire, le succès du recueil deviendra gigantesque.

1699 : Perrault
publie son seul volume pour la jeunesse sous sa signature, les Fables
de Faërne
, qu’il a traduites et adaptées de textes en latin de la main
de l’écrivain italien humaniste Gabriele
Faerno
(1510-1561).

Perrault avait commencé dès
son Parallèle terminé à écrire des biographies critiques qui paraissent entre
1696 et 1700 en deux volumes sous le titre Les Hommes illustres qui ont paru
en France pendant ce siècle avec leur portrait en nature
. Ces deux cents textes remarquables de
précision et de concision contribueront à créer le mythe du siècle de Louis XIV
mais malgré leur biais, ils fournissent bon nombre de renseignements de
première main sur la vie intellectuelle de l’époque.

1703 : Charles
Perrault meurt à Paris à
soixante-quinze ans. Les attaques subies suite à la construction de la
colonnade du Louvre, dirigée par son frère Claude Perrault et dont il
s’attribuait le mérite, avaient poussé l’écrivain à entamer des Mémoires
qui ne paraîtront qu’après sa mort, et qui présentent les frères Perrault comme
les grands inspirateurs de l’art de l’époque. Si la personne de Charles
Perrault est quasi exclusivement associée à ses Contes, il a également écrit des pièces galantes dès 1660, des
épopées chrétiennes ainsi que des poèmes burlesques – toutes œuvres qui se font
l’écho d’un esprit nouveau,
« moderne ». Ses Contes ont
connu de nombreux prolongements dans des œuvres musicales (Rossini, Offenbach,
Dukas, Bartók), chez d’autres écrivains (Grimm, Tieck, Maeterlinck), ainsi qu’au
cinéma.

 

 

« Si la chose est
ainsi, dit la Princesse, je souhaite de tout mon cœur que vous deveniez le
Prince du monde le plus beau et le plus aimable ; et je vous en fais le
don autant qu’il est en moi.

La Princesse n’eut pas plus
tôt prononcé ces paroles, que Riquet à la houppe parut à ses yeux l’homme du
monde le plus beau, le mieux fait et le plus aimable qu’elle eût jamais vu.
Quelques-uns assurent que ce ne furent point les charmes de la Fée qui
opérèrent, mais que l’amour seul fit cette Métamorphose. »

 

Charles Perrault, Riquet à la houppe, 1697

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