Contes et nouvelles en vers

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La place des personnages

Dans les contes de Perrault, les personnages ne sont pas mis en place par hasard et sans raison. Chacun a une particularité qui lui permet de soulever des sujets d'actualité, de rappeler des contes et légendes ou encore d'instaurer une morale cachée, sur la mentalité de certaines personnes.

Le chat botté est par exemple une très bonne illustration de la volonté de l'auteur à donner une place particulière à ses personnages. En effet, il place ici un personnage capable de loyauté envers un ami, de faire preuve de ruse et de débrouillardise (« […]vous n’avez qu’à me donner un sac, et me faire faire une paire de bottes pour aller dans les broussailles, et vous verrez que vous n’êtes pas si mal partagé que vous croyez. ». Il va réussir à offrir à son maître une épouse, un château ainsi que des champs simplement en utilisant son bagou naturel. Le chat est pourtant un animal peu apprécié et souvent associé à la magie noire à cette époque. Son utilisation à des fins nobles est particulière et intéressante. Peut-être l'auteur essaie-t-il en utilisant se personnage, de montrer que malgré l'apparence de bonne volonté du chat, il existe quand même une par de malhonnêteté puisque c'est en mentant et en trichant qu'il parvient à ses fins. Cet aspect est cependant masqué par un éloge et de l'humour. Par exemple, son combat contre l'ogre est tourné en dérision puisque celui-ci se fait manger à cause de sa vanité : « On m’a assuré encore […] que vous aviez aussi le pouvoir de prendre la forme des plus petits animaux […] je vous avoue que je tiens cela tout à fait impossible. – Impossible ? reprit l’ogre ; vous allez voir ». L'ogre est présent dans beaucoup de contes de Perrault, il est une sorte de représentation de la richesse, du pouvoir mais également de l'imbécillité et de la vanité.

Autre personnage ayant une place dans les contes de Perrault pour son exemple de valeur moral : Griselidis. Cette jeune fille, qui, se retrouvant mariée à un prince cruel, va faire preuve d'une patience et d'une vertu extraordinaires. Son personnage permet de mettre en avant les valeurs morales en opposition aux problèmes de confiance en soi (« Où sur Griselidis se tournent tous les yeux, où sa patience éprouvée jusques au Ciel est élevée par mille éloges glorieux »). C'est également pour l'auteur l'occasion de mettre en parallèle la condition de la femme et de l'homme. En effet, à aucun moment Griselidis ne s'insurge du traitement que lui fait subir son époux et de sa place où elle ne peut se plaindre sous peine d'être rejetée, voire pire. Et cependant, elle n'éprouvera aucune rancune, à aucun moment. Ce personnage prend donc une place importante car elle est l'exemple même de la vertu, qui fait partie des valeurs importantes à inculquer aux enfants qui lisent ces contes.

Un personnage très connu des contes et qui a été repris sous différentes formes, occupe également une part importante dans les personnages de Perrault : c'est le Petit Chaperon Rouge. La version de Perrault est une des versions les plus tristes qui soit parue. En effet, pas de fin heureuse pour ce conte-ci. La valeur morale de l'histoire est sans appel : il est très dangereux de parler à des inconnus et de leur donner des indications sur notre personne. C'est la naïveté de l'enfance qui est mise en avant et les risques que celle-ci entraîne en présence de personnes mal intentionnées (« On voit ici que de jeunes enfants, Surtout de jeunes filles Belles, bien faites, et gentilles, Font très mal d'écouter toute sorte de gens, Et que ce n'est pas chose étrange, S'il en est tant que le Loup mange.»). Par ailleurs, l'auteur insiste sur la méfiance qu'il faut avoir des apparences. En effet, il insiste sur le fait que ceux qui semblent les plus gentils méritent le plus d'être évité : « […] qui ne sait que ces loups doucereux, De tous les loups sont les plus dangereux ».

Enfin, un autre personnage récurrent, les fées. Une morale est ici donnée sur la gentillesse mais aussi sur les apparences, comme pour le loup du petit chaperon rouge. Les fées sont toujours des créatures pouvant revêtir différentes apparences : « Un jour qu'elle était à cette fontaine, il vint à elle une pauvre femme qui la pria de lui donner à boire […] elle vit sortir du bois une Dame magnifiquement vêtue qui vint lui demander à boire : c'était la même Fée qui avait apparu à sa sœur. ». Elles se servent de leur pouvoir pour tromper, afin de pouvoir évaluer la qualité morale de ceux et celle qu'elles croisent. Les fées peuvent punir ou récompenser chacun, mais selon des pièges qu'elles leur tendent. C'est un système qui peut être considéré comme un peu injuste. Charles Perrault utilise les fées pour offrir à ses héros un choix : la bonté ou la malhonnêteté. Grâce à elle, il comprend également les notions d'ouverture d'esprit et de politesse.

Ainsi donc, les personnages de Perrault ont une fonction dans ses histoires : ils permettent de montrer des traits de caractères, des attitudes à imiter ou à fuir. Ils permettent la mise en place d'une morale, d'une mise en garde pour la vie.

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