Contes et nouvelles en vers

par

Peau d'âne

Un roi, fou amoureux de sa femme, lui fait le serment, à sa demande, alors qu’elle est prête de mourir, de ne se remarier qu’avec une femme « mieux faite et plus sage »qu’elle car, confiante en ses attraits, elle pense que cela équivaut à une fidélité éternelle à son souvenir. Le roi, faisant son deuil, remarque alors sa fille, seule à pouvoir rivaliser avec la beauté de sa mère, et avec qui il peut donc recommencer sa vie. Celle-ci, horrifiée par l’inceste qu’il lui propose, s’enfuit chercher un sage avis chez sa marraine la fée, qui lui conseille de ne pas refuser, mais de poser des conditions impossibles à satisfaire pour épargner l’orgueil du roi.

         Revenue chez elle, elle demande à son père de lui confectionner une robe « couleur du Temps ». Le roi veut accéder à sa demande et emploie les meilleurs couturiers de son royaume : le résultat est magnifique. Elle exige alors une robe « couleur de la Lune », qui lui est pareillement offerte. Enfin, elle pense avoir triomphé en souhaitant une robe « couleur du Soleil ». Les couturiers réussissent à nouveau le prodige. La marraine lui conseille alors de demander la peau de l’âne qui rend le roi si riche, puisque cette bête est faite de telle sorte qu’elle produit une multitude d’écus.

« Et cependant elle ignorait encore 

Que l’amour violent pourvu qu’on le contente, 

Compte pour rien l’argent et l’or ; 

La peau fut galamment aussitôt accordée 

Que l’infante l’eut demandée. »

         La princesse s’enfuit alors, vêtue de la peau de l’âne, avec pour seul bagage une caisse contenant toutes les robes magnifiques. Elle se réfugie dans une ferme, où elle travaille misérablement. Un jour, le fils d’un roi vient à passer, et l’entend chanter : il regarde par le trou de la serrure du taudis d’où sort une si belle voix, et la voit, parée de ses plus beaux vêtements, et en tombe amoureux. Il se languit d’amour dans son château, et ne croit pas sa suite qui lui assure qu’il a vu une simple miséreuse vêtue d’une peau d’âne. Sa mère a peur pour lui, et lui demande ce qu’il veut : il répond qu’il veut un gâteau fait de la main de Peau d’Âne. On s’exécute, et Peau d’Âne lui fait envoyer un gâteau confectionné par ses soins. Le mangeant, le prince remarque une bague, que la princesse a fait tomber par inadvertance dans la pâte, et dépêche un messager pour chercher la femme à qui appartient un tel bijou. Tout le monde l’essaie, et il ne va à personne. Alors qu’on croit tout espoir perdu, Peau d’Âne s’avance et enfile la bague. Les gens autour se moquent, mais elle demande un instant pour se préparer, avant de reparaître devant le prince, parée magnifiquement. Le prince, heureux, l’épouse, et le père de Peau d’Âne revient soudain à la raison et, heureux de retrouver sa fille, accepte avec joie le mariage.

« Le conte de Peau d’Âne est difficile à croire ; 

Mais tant que dans le monde on aura des enfants 

Des mères et des mères-grands, 

On en gardera la mémoire. »

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