Contes et nouvelles en vers

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Perspectives d'analyse des Contes et nouvelles

Le goût de la littérature orale : Perrault met un point d'honneur à retranscrire par écrit les contes de tradition orale. En effet, ceux-ci étaient avant tout raconté en vers, accompagné parfois de musique, lors de soirées orales. Ces contes connaissaient alors divers versions et modifications au fur et à mesure du temps. Perrault à choisit de les remettre par écrit en conservant cependant les termes et tendances orales de son époque. Ainsi, plusieurs indices nous révèlent une littérature au langage assez parlé.

Les expressions de la vie courante : Beaucoup de phrases considérées comme « inadaptées » en langage écrit car assez familière et utilisées dans la langue parlée sont reprises dans les contes. Par exemple, dans le petit chaperon rouge, il y est écrit : « […] sa mère en était folle, et sa mère-grand plus folle encore ». L'utilisation « être fou de » présente un caractère assez familier, surtout lorsque l'on parle d'amour familial. Dans Barbe-bleue, on peut également noter la présence d'apostrophes, qu'on ne trouve pas dans la littérature classique : « hé bien, Madame, vous y entrerez, et irez prendre votre place auprès des dames que vous y avez vues… ». Ce « hé bien » donne une allure un peu paysanne au méchant, et se rapproche plus du langage courant. Enfin, on peut également observer des noms, ou plutôt surnoms, utilisés pour désigner des personnages extérieurs de façon un peu comique : « le drôle les avait cachés sous une grosse pierre. ».

La présence de nombreux dialogues : Charles Perrault a choisi de conserver une grande partie de dialogues dans ces histoires, ce qui donne un aspect beaucoup plus oral à ces contes. En effet, il est plus facile de se représenter les contes verbalisés comme ils l'étaient autrefois si les descriptions ne sont pas trop nombreuses. On constate cependant la présence de deux types de dialogue : les dialogues directs et ceux indirects. On trouve par exemple : « -Vous avez là un bel héritage, dit le roi au Marquis de Carabas. – Vous voyez, sire, répondit le marquis, c'est un pré qui ne manque point de rapporter abondamment toutes les années. », « -Moi, dit l'aînée, je mettrai mon habit de velours rouge et ma garniture d'Angleterre." -Moi, dit la cadette, je n'aurai que ma jupe ordinaire […] » en tant que discours direct, distingué par ses signes particuliers (guillemets et tiret). Mais on note aussi la présence de l'indirect, comme dans le conte Les souhaits ridicules : « Si vous étiez moins raisonnable, je me garderais bien de venir vous conter la folle et peu galante fable que je m'en vais vous débiter. Une aune de Boudin en fournit la matière. Une aune de Boudin, ma chère ! ». Ce discours ce distingue du discours direct par l'absence de tirets mais la continuité de l'utilisation de verbes de paroles.

Les verbes de parole : Enfin, l'utilisation de divers verbes de paroles finissent de montrer la volonté de Perrault d'utiliser une écriture oralisée. Ainsi, les verbes tels que « dire », « débiter », « achever », …

Symbolique et pédagogie du conte : Les contes avaient avant tous une portée philosophique et d'apprentissage. Accompagnés d'une morale visible ou insinuée, les contes mettent en garde contre les dangers de la vie, de manière souvent détournée. Par exemple, dans le petit chaperon rouge, le vrai danger n'est pas un loup, mais ce qu'il représente : les hommes doucereux qui ont des arrière-pensées, qui derrière leur gentillesse cache en fait un monstre.

Les contes qui enseignent les vertus de la bonté : Griselidis, qui, à travers les épreuves imposées par son mari prouve sa fidélité, sa bravoure et sa patience, les fées, où la gentille fille est remerciée de sa bonté et sa gentillesse et où l'impolie se voit obligée de cracher des serpents et rejetée par sa mère. Ces contes-là servent à montrer que la gentillesse doit être préféré à la malhonnêteté, et qu'il est bon d’adopter une droiture dans sa philosophie de vie.

Les contes qui critiquent la stupidité de l'homme : Le conte qui illustre le mieux la stupidité s’intitule Les souhaits ridicules. Ici, le couple de paysan qui nous est présenté redouble de stupidité : alors qu'ils pourraient obtenir tout ce qu'ils souhaitent, ils se retrouvent sans rien, à cause du manque de réflexion dont ils ont fait preuve. L'auteur se moque allègrement de la classe sociale la plus basse de l'époque tout en montrant au lecteur la nécessité de réfléchir avant d'agir. Il illustre parfaitement l'exemple de l'adage « Il faut tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler ».

Les contes qui valorisent la ruse et la débrouillardise : Le petit Poucet présente l'histoire d'un petit garçon qui, grâce à sa malice, va réussir à sauver toute sa fratrie en la ramenant à la maison une première fois grâce à la technique maintenant si connue des petits cailloux blancs lancés sur le chemin, puis qui les sauvera en les empêchant de mourir décapité par l'ogre. Le courage et l'astuce de ce petit enfant est mis en avant par le monstre fantastique qu'il doit duper et par l'abandon lâche dont ses parents font preuve. Le personnage du chat botté illustre également parfaitement le héros débrouillard et rusé. La différence entre les deux étant que l'un se distingue par ses gestes tandis que l'autre marque une différence grâce à son aisance de parole.

On constate donc la portée pédagogique du conte, qui, destiné aux jeunes, enseigne les erreurs de la vie à éviter, les attitudes à adopter et les Hommes à éviter. Les éléments fantastiques qui interviennent régulièrement n'empêchent pas la portée instructive du conte.

On constate également une grande présence d'éléments à portés symbolique. Par exemple, la quenouille de la Belle au Bois Dormant peut être vue comme la continuité de la baguette de la vilaine fée qui l'a ensorcelée. Les lieux peuvent également être interprétés comme des symboles : la présence de châteaux qui sont synonymes de richesses, de bienséance, opposé aux petites maisons qui représentent la misère, la pauvreté, etc.

Contes et psychanalyse contemporaine : A notre époque, beaucoup se sont penché sur le sens sous-entendu des contes. Certaines psychanalyses sont devenus célèbrent. Elles restent cependant très subjectives puisqu'elles dépendent de la vision de celui qui l'interprète.

Les fées : On peut voir dans ce conte que l'eau de la fontaine à laquelle va la première jeune fille lui permet de voir dans l'eau le miroir de ce qu'elle est et ce qu'elle représente, de prendre conscience de l'intérêt de son intellect, de ce qu'elle dit, d'où la présence de perles et de fleurs qui lui sortent de la bouche quand elle parle. On parle d'ailleurs de « perles » lorsque l'on sort certaines phrases. L'autre fille, celle qui crache des serpents, représente la part de l'homme qui souhaite tout avoir sans fournir aucun effort, et notre capacité à vomir des injures, des phrases empoisonnées envers autrui. Lorsque l'une s'enfuit vers la forêt, c'est une sorte de retour sur soi, pour retourner sur les erreurs que l'on a commises. La psychanalyse de ce conte voudrait donc qu'il illustre la valeur de la parole, la bonne comme la mauvaise, la mauvaise entraînant irrémédiablement une repentance et une réflexion sur soi.

Le petit chaperon rouge : La petit fille représenterait en fait une jeune fille au début de sa puberté, symbole appuyé par la présence de rouge sur elle qui représenterait les cycles menstruels. Le chemin qui mène de la maison de la mère à la grand-mère serait le chemin de l'enfant à l'adulte, avec, sur le chemin dont elle risque souvent de se détourner, le loup, qui serait un prédateur sexuel. La petite fille finit d'ailleurs par succomber au loup puisqu'elle s'installe à ses côtés dans le lit, malgré ses réticences. La disparition de la petite fille dans son corps alors qu'il la mange pourrait symboliser la disparition de l'identité de la jeune fille suite à ce qu'elle a vécu avec l'homme.

Peau d'âne : Ce conte montre de manière à peine voilé les problèmes de l'inceste. En effet, après la mort de sa femme la reine, il désespère de retrouver une épouse digne de lui jusqu'à ce qu'il tombe sur sa fille. Afin d'éviter cette union, la jeune fille va fuir et demander de l'aide à celle que l'on peut considérer comme sa mère de substitution : sa marraine la fée. La mort, suite à la demande de la princesse, de l'âne magique et le don de sa peau peut-être vu comme un sacrifice d'amour ou une sorte de parade du roi pour sa fille. Le fait de revêtir de la peau peut être vu comme le port de la virilité de l'homme, son père, puisqu'elle met ce qu'il tient le plus au monde, perdre son âne peut être vu comme la perte de ses testicules. A travers cette peau de son père, la jeune fille tente de se reconstruire mais n'y parvient que par la rencontre avec le prince qui lui permet de se détacher de sa peau d'âne, de se détacher de son père et de revêtir une peau neuve, ses merveilleuses robes.

Beaucoup de contes encore ont connu une psychanalyse. Ces psychanalyses permettent de comprendre les symboles présentés, les leçons données par les contes et surtout l'activité de l'inconscient lors de la rédaction de ces contes.

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