Cyrano de Bergerac

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Présentation

À la fin du XIXe siècle la structure de la littérature française s’écroule et se scinde. Le romantisme a dégénéré en mélodrame et en sentimentalisme, formes contre lesquelles s’insurgent Zola et son parti de réalistes, alors que Maeterlinck et les autres symbolistes s’évadent dans une poésie de plus en plus raffinée, de plus en plus incompréhensible et élitiste. Pendant ce temps les grands spectacles amusent encore le grand public, l’opéra demeure immensément populaire, le vaudeville fleurit. Au beau milieu de tout cela apparaît tout d’un coup Cyrano de Bergerac, pièce d’un protégé de Sarah Bernhardt écrite à l’intention du grand acteur Coquelin. Ce qui s’ensuit est unique : le plus grand triomphe de l’histoire du théâtre français, comparable en cela seulement au Cid de Corneille et à l’Hernani d’Hugo – mais sans devoir subir les rouspétances rancunières des bien-pensants. S’il y a bien quelques voix qui manquent aux chœurs adulatoires qui saluent le jeune auteur, en général la pièce plaît à tout le monde, à tel point que Rostand se retrouve tout d’un coup décoré de la Légion d’honneur. Il ne s’en remettra d’ailleurs pas : Cyrano fait une telle ombre à sa carrière qu’il ne réussit à écrire presque rien d’autre. On lui connaît L’Aiglon, l’injouable Chantecler, et la posthume Dernière Nuit de Don Juan. Presque rien… Pour ceux qui avaient crié au génie, ce dut être une grande déception. Rostand, lui, savait qu’il avait du talent, rien de plus, et peut-être a-t-il simplement trouvé impossible de se monter à la hauteur des espérances.

Pourquoi donc ce succès, un succès qui de surcroît a duré ? En somme, parce que Cyrano de Bergerac a de quoi à plaire à tout le monde. Il y a du comique et du tragique, de l’aventure, de l’action, une immense verve, des jeux de mots pour ceux qui aiment ça, une invraisemblable virtuosité dans l’utilisation du vers, du grand spectacle, un premier rôle qui permet à un acteur de déferler sur scène et faire résonner tous ses registres, une histoire d’amour un peu sentimentale mais jouée avec ironie, permettant au parterre soit de s’humecter l’œil ou bien de s’en amuser, selon les goûts. C’est une pièce populaire du répertoire français, en ce qu’elle peut plaire tant aux intellectuels qu’aux bourgeois en quête d’une bonne soirée, tant aux adultes appréciant les subtilités du texte qu’aux enfants friands d’histoires de cape et d’épée. Les Trois Mousquetaires se mêle à Marivaux, et le tout triomphe.

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