De rerum natura

par

Étude du sacrifice d’Iphigénie

Lucrèce sait également se faire persuasif, et emprunte dans son œuvre des passages de la mythologie grecque, qu’il réutilise afin de démontrer aux hommes la bêtise de certains de leurs comportements.

Ainsi, pour Lucrèce, selon la morale épicurienne, les hommes ne savent qu’attendre que leur conduite soit dictée par d’hypothétiques dieux, et en cela réside la cause de leur malheur. En effet, soit la frustration que leurs désirs ne s’accomplissent pas les rend malheureux, soit les actes infâmes qu’ils causent trouvent justification dans le culte d’une divinité. Cet aspect-là de la religion est impensable pour le poète qui, afin de prouver les dérives de certains cultes, utilise l’épisode du sacrifice d’Iphigénie pour mettre en valeur la stupidité des hommes.

Iphigénie, fille du roi Agamemnon, est livrée en sacrifice afin que les vents soient favorables à la flotte de son père. Or, la jeune fille s’avère être l’une des prêtresses de la déesse Diane, chasseresse divine qui, folle de rage qu’on ait sacrifié la jeune fille, va ensuite retourner les vents défavorables contre les voiles des navires du roi. Ainsi, Lucrèce décrit l’épisode telle une hypotypose (figure de style visant à créer l’illusion d’un tableau vivant) où l’on assisterait à la détresse de la jeune fille face à cette décision stupide et infâme des hommes croyant répondre à une volonté divine.

Tout d’abord, le poète utilise une anaphore, répétant le pronom « elle », insistant sur le point de vue de la jeune fille et non du père ni des guerriers la livrant en sacrifice : « elle a vu son père se tenir là, devant l’autel, effondré. Elle a vu les ministres du culte pour cette raison cacher le fer ; elle a vu le peuple fondre en larmes à son aspect ».

Lucrèce se fait ainsi fort de montrer l’innocence et la fragilité d’Iphigénie qui, prise au piège, se voit victime d’une mauvaise interprétation de la religion. Il utilise donc un registre pathétique destiné à persuader le lecteur en le rendant triste pour Iphigénie, mal à l’aise face à cette débauche de cruauté de l’homme, désarmé devant tant de haine : « En effet, enlevée par les mains des guerriers et tremblante, elle a été conduite à l’autel, non pas pour qu’elle puisse être reconduite au chant clair de l’Hyménée une fois le rite solennel accompli, mais, demeurée pure criminellement dans la saison de son mariage, elle succombe, victime malheureuse, au sacrifice de son père afin qu’un départ heureux et favorisé des dieux fût donné à la flotte ».

En fin orateur, Lucrèce fait alors de la narration de ce tragique épisode un véritable pamphlet contre la mauvaise interprétation de la religion, et met en évidence le fait que le malheur des hommes ne dépend finalement que d’eux, et de leur incapacité à prendre leur propre vie en main en suivant ce que la nature leur offre. Il conclut sur ce point de manière très explicite et radicale en clamant : « Tant la religion a pu conseiller de malheurs ! »

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