La Femme de trente ans

par

L’émancipation par la reconquête de soi-même

Après de nombreuses années de solitude et de frustration, Julie parvient enfin à trouver une alternative à son malheur. Balzac nous propose ici la solution que trouve la marquise pour combler à nouveau sa vie.

Ce qui réside en elle, la contaminant et l’empêchant de s’épanouir, consiste en une opinion d’elle-même très basse, qu’a contribué à développer Victor d’Aiglemont. Suite à tant d’années d’une vie conjugale de servitude sexuelle et de manque, elle se voit elle-même comme incapable de pouvoir à nouveau être considérée comme jeune, belle, rendue âgée en avance par tant de privations et de mauvais traitements psychologiques.

« La marquise, alors âgée de trente ans, était belle quoique frêle de formes et d’une excessive délicatesse. Son plus grand charme venait d’une physionomie dont le calme trahissait une étonnante profondeur dans l’âme. Son œil plein d’éclat, mais qui semblait voilé par une pensée constante, accusait une vie fiévreuse et la résignation la plus étendue. Ses paupières, presque toujours chastement baissées vers la terre, se relevaient rarement. Si elle jetait des regards autour d’elle, c’était par un mouvement triste, et vous eussiez dit qu’elle réservait le feu de ses yeux pour d’occultes contemplations ».

Ainsi, sa rencontre avec Charles de Vandenesse la sauve : le jeune marquis reconnaît en elle et en sa trentaine d’années une beauté et un charme encore tout à fait intacts. Il ne lui manquait en réalité qu’une reconnaissance à laquelle elle n’avait jamais eu droit, pour comprendre qu’elle peut encore plaire et être admirée. Ne cherchant pas à s’exposer aux yeux de Charles, c’est de lui-même qu’il en vient à la désirer. Ainsi, de leur union naîtra enfin quelque chose de pur, de chéri par Julie : un petit garçon qui va malheureusement mourir dans des circonstances peu naturelles, tué par sa propre demi-sœur qui n’accepte pas l’adultère de sa mère :

« L’enfant devait y mourir, il était impossible de le secourir. À cette heure, un dimanche, tout était en repos. […] Hélène avait peut-être vengé son père. Sa jalousie était sans doute le glaive de Dieu ».

Balzac compose un hymne à la beauté de la femme de trente ans, dans la fleur de l’âge. Il encourage à voir par-delà les traditions qui exigent de choisir une épouse jeune et encore vierge, et insiste sur le besoin de toute femme de se sentir désirée et chérie. Ce besoin se double aussi d’une acceptation de l’homme à laisser sa femme lui montrer ses propres désirs, se faire actrice de son propre plaisir en même temps que du sien. Ainsi, il adopte une position novatrice, en montrant que la réussite temporaire de Julie réside en la décision qu’elle prend de suivre ses propres pulsions et de se libérer du joug conjugal qui ne la laisse pas être entière. Le caractère adorable de l’enfant engendré montre bien la volonté de Balzac d’illustrer la puissance d’une femme, ses capacités à réussir et à avancer dans la vie, pour peu qu’elle parvienne à se faire elle-même actrice de son propre bonheur, de son propre plaisir.

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