La Guerre de Troie n'aura pas lieu

par

Acte II

Unpréconseil s’organise entre les anciens, Pâris, le Géomètre qui défendaitdevant Priam la beauté d’Hélène, et Hécube qui continue d’œuvrer pour lafermeture des portes de la guerre. Ce rassemblement a pour but de préparer lescombats à venir, non par des généraux, mais par des intellectuels : ilss’attellent à la tâche de composer un chant de guerre, pour aviver la haine desfoules. Demokos, le poète, a pour idée de comparer cette fois la guerre auvisage d’Hélène. Un autre point est soulevé alors, à propos des insultes queles guerriers lancent aux ennemis avant de s’élancer dans la bataille. Tous cesartifices sont élaborés pour créer en l’homme des sentiments haineux, qu’iln’avait pas auparavant, et qu’il doit avoir s’il veut tuer.

         Hector et Priam arrivent alors. Hectorveut fermer les portes de la guerre et accueillir Ulysse, le messager, pour luirendre Hélène. Priam est toujours réticent et Demokos présente un personnage « neutre »,un « témoin impartial », Busiris, qui analyse la situation en termede droit et désigne les Grecs comme les coupables. Selon lui, en cas de guerre,les Troyens auront « la sympathie universelle »puisqu’ils sont dans leur droit. C’est alors qu’Hector réussit, par la mêmemanipulation des discours et des symboles, à adoucir les propos de Busiris et àlui faire dire que les fautes qui faisaient des Grecs les coupables n’étaientpas graves, et qu’elles pouvaient même être considérées comme des signes debienveillance. Hector semble sortir victorieux, et les portes de la guerre seferment quand les Grecs débarquent et Ulysse se présente. La guerre semblepouvoir être évitée.

         La petite fille Polyxène, envoyée parle camp de pacifistes, demande à Hélène de partir pour sauver la paix. Mais lajeune femme n’écoute pas, et, alors qu’Hécube récupère Polyxène en larmes,Andromaque se retrouve seule avec la femme qui cause son malheur : elleveut qu’Hélène aime Pâris. La guerre lui semble désormais inévitable, car toutle monde veut se battre. Hélène n’est qu’un prétexte pour semer la mort. Andromaqueveut donc redonner du sens à la guerre, veut qu’Hélène aime Pâris et que lesmorts se soient battus pour un véritable amour. Mais Hélène refuse encore,insensible.

         Oiax, un négociateur grec, rencontreHector et veut lui déclarer la guerre, l’insulter pour qu’il perde son sang-froidet lancer par là la cité dans le combat. Hector, humble, résiste et accepte lesinjures, calme et placide. Oiax finit par gifler son ennemi, mais Hector nebronche toujours pas. C’est au contraire Demokos qui, arrivant dansl’intervalle, veut lancer la guerre pour ce geste : Oiax lui administre la mêmegifle qu’à Hector, et Demokos appelle à la guerre. Hector tente de le fairetaire, et le gifle aussi. Les vieillards arrivent alors, et ne croient plus Demokos.Oiax admire le cran et la technique du Troyen, et, ayant des ennemis communs,il assure à Hector qu’il interférera contre la guerre auprès d’Ulysse.

         Priam et Hector rencontrent enfinUlysse. Si Hélène est rendue dans l’heure, la guerre n’aura pas lieu. Unproblème survient : Ménélas veut retrouver Hélène aussi pure qu’elle l’était àson départ. Hector tente donc de convaincre Ulysse de la fausseté de l’amourentre Hélène et Pâris. Cette dernière se prête volontiers à l’interrogatoire,et certifie qu’elle est pure : jamais Pâris ne l’a touchée. La foule présentegronde face à cette accusation d’impuissance qu’essuie l’un des leurs. Ellehurle à Pâris de nier, de laver son honneur. Pâris commence à s’exprimer mais Hectorlui intime de se taire. La garde de Pâris se révolte à son tour, et lapuissance d’Hector sur la foule de Troyens qui réclament la guerre s’effrite peuà peu. La suite de Pâris révèle alors l’adultère. La déesse Iris arrive duciel, portant un message d’Athéna pour Ulysse et Hector : « elle vousordonne, à vous Hector et vous Ulysse, de séparer Hélène de ce Pâris à poil frisé.Ou il y aura la guerre… »

         Ulysse et Hector se retrouvent seuls. LeGrec et le Troyen veulent tous deux la paix. Mais la guerre semble avoir été décidée.Ulysse, sage et plus expérimenté qu’Hector, sait que cette entrevue ne déciderade rien, et que la guerre surviendra. Il voit Hélène comme un objet que ledestin a placé là pour que la guerre survienne, mais accepte de tenter dedéjouer le destin : il essaiera de convaincre Hélène elle-même et Ménélas de sapureté. C’est alors que Demokos surgit et accuse Hector de lâcheté s’il rendHélène. Ce dernier le tue finalement pour le faire taire et, avant de mourir, Demokosdésigne Oiax comme son meurtrier malgré les dénégations d’Hector. La guerre estdéclarée. Les portes s’ouvrent sur Hélène qui embrasse Troïlus, frère d’Hectoret de Pâris qui avait refusé ses baisers au commencement de l’acte II.

 

         Giraudoux dénonce donc l’absurdité desguerres qui ne sont que parce que les hommes les veulent. Il complexifie lemythe d’origine en imaginant une volonté – celle d’Hector – qui œuvrerait pourla paix, qui s’agiterait en vain contre la « machine infernale » dela tragédie – et de la bêtise des hommes.

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