Le château de ma mère

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La place du milieu naturel de Provence dans le roman

Le milieu naturel provençal tient une placeprépondérante dans Le Château de ma mère. En effet, la plus grandepartie du récit se déroule dans les collines chères au cœur de Marcel Pagnol, àla lisière de Marseille. Ces collines sont le cadre de moments de pur bonheurpour Marcel, qui y passe quelques-uns des moments les plus heureux de sa vie.La famille Pagnol y mange le produit de la chasse des hommes, les enfantsramassent les herbes de la colline pour parfumer le civet du jour. Les légumesviennent des potagers que cultivent les paysans du village. C’est un retour àla nature, une mise en pratique de l’idéal de Jean-Jacques Rousseau. Certes,les adultes de la famille ont conscience qu’il ne s’agit que d’une parenthèsedans leur vie : « on a eu de belles vacances, mais on n’est pas mécontentde rentrer chez soi », telle est l’opinion quasi générale. Mais Marcel nepeut se résoudre à quitter les collines, et il échafaude un plan naïf quis’effondre quand il s’agit de le mettre en action : il veut vivre enermite dans une baume (une grotte), loin des hommes mais au cœur de la natureprovençale. On notera que cet amour ne se démentira jamais : Marcel Pagnolfut couvert d’honneurs dans le monde entier, et toujours il est revenu vers lepetit village de La Treille où il repose aujourd’hui. De plus, un de sespersonnages les plus purs, Manon Cadoret de Manon des Sources, réalisel’idéal que Marcel avait rêvé enfant : vivre dans une grotte, en autarcietotale, loin des hommes qui ne sont pas dignes de confiance.

Les descriptions du milieu naturel sontlyriques et exactes, et l’exemple en est le récit de l’orage. Qui n’a pas vu unorage se déchaîner en Provence n’a pas idée de sa violence dévastatrice ;le tableau qu’en brosse Pagnol est saisissant : « La pluie tombaitmaintenant avec rage, drue, rapide, pesante, et tout à coup les éclairs sesuccédèrent sans arrêt. » Ou encore : « Alors nous entendîmescraquer les troncs d’arbres que les blocs bondissants brisaient au passage,avant d’éclater, comme des coups de mine, sur le fond lointain du vallon. »Les paysages que Lili et Marcel connaissent par cœur sont métamorphosés :la brume « nous laissait voir le fantôme d’un petit pin tordu, mais elleeffaçait entièrement la silhouette d’un grand chêne qui était à côté :puis le petit pin disparaissait à son tour et la moitié du chêne surgissait,inconnue. » La nature révèle ici son caractère magique.

Elle est personnifiée : les échosparlent : « c’était la voix de Passe-Temps », et indiquent auxenfants perdus sous l’orage le chemin à prendre. Lili présente sonnouvel ami aux dieux de la colline : « Il me présenta au vieuxjujubier de la Pondrane, au sorbier de Gourde Roubaud, aux quatre figuiers dePrécatory, aux arbousiers de La Garette », puis le garçonnet fait entendreà son ami la chanson de la Chantepierre, qui révèle à Marcel « des chœursde dames habillées comme des marquises », ou « la voix d’une petitefille qui chantait au bord d’un ruisseau ». Pagnol personnifie les planteset les roches, transporte le lecteur dans les Bucoliques de Virgile, oudans Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare, deux œuvres qu’il atraduites en français : la colline est le séjour de divinités païennessouvent bienveillantes mais parfois redoutables.

Quand le garde intervient dans le récit,Pagnol le peint comme un personnage d’Arcimboldo, dont le visage n’est composéque de fruits ou de légumes : mais ici, végétal et animal se mêlent et legarde est décrit comme un monstre mi-homme mi-bête, au même titre que leMinotaure ou le Sphinx : « Son nez était piqueté de trous comme unefraise ; sa moustache, blanchâtre d’un côté, était queue de vache del’autre, et ses paupières inférieures étaient bordées de petits anchoisvelus. »

Dans Le Château de ma mère, le milieunaturel provençal peut donc être vu comme un personnage à part entière, et nonun simple décor. À travers lui, Pagnol inscrit son récit dans le droit fil desœuvres antiques de Virgile ou Ovide.

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