Le château de ma mère

par

Le garde

Le garde n’apparaît que dans Le Château de ma mère mais il est un protagoniste essentiel des Souvenirs d’enfance de Pagnol. C’est un personnage absolument négatif : il est présenté au lecteur comme un être d’une seule pièce, borné, stupide, sans pitié, et qui plus est méchant. La rencontre avec le garde marque Marcel pour la vie.

Il est non seulement laid, mais « terrible », et il fait penser à un animal, avec sa moustache couleur « queue de vache » et ses paupières inférieures « bordées de petits anchois velus ». Intellectuellement, il incarne « la bêtise au front de taureau ». C’est un monstre tel qu’on en peut croiser dans les récits antiques. Même son chien, « un veau à tête de bouledogue », est monstrueux. Il est fourbe, puisqu’il a tendu un piège à la famille Pagnol alors qu’il aurait pu les admonester bien plus tôt. Il n’a aucune empathie avec la détresse d’autrui : quand Augustine s’évanouit, il n’en a cure et déclare : « Bien joué, mais ça ne prend pas. » Puis, son forfait accompli, il quitte la scène, « tirant la bête qui lui ressemblait ».

C’est l’unique personnage qui ne trouve pas grâce aux yeux de Marcel adulte : son forfait est trop grand, sa nature est trop basse. Pagnol, qui fut professeur d’anglais, ravale le garde au rang de personnages shakespeariens comme Caliban ou Bottom (qu’il nomme Mesfesses dans sa traduction du Songe d’une nuit d’été), sans le côté comique qui les adoucit. En effet, l’individu est coupable : il a humilié Joseph, terrorisé Augustine, effrayé la petite sœur, mis en péril la vie de toute une famille. Sans l’intervention de Bouzigue et de ses compères, c’en était fait de la carrière de l’instituteur Pagnol. Dans la vie de Marcel, le garde incarne la première incursion du destin qui frappe et détruit, sans avertir, sans pitié, et qui laisse l’homme définitivement meurtri.

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