Le Meurtre de Roger Ackroyd

par

Hercule Poirot

Hercule Poirot est un des détectives les plus célèbres de lalittérature policière. C’est le personnage principal du roman. Au prime abord,rien ne le désigne comme un héros : il est petit, rond, affligé d’un« crâne ovoïde ». Ce citoyen belge a pris sa retraite en Angleterre,malgré le fait qu’il parle, selon Caroline Sheppard, « un anglaisinvraisemblable », et « son accent est à couper au couteau ».D’ailleurs, il émaille son discours de formules françaises, comme « C’estdommage ! » Il le dit lui-même : « je ne maîtriserai jamaisl’anglais. Curieux langage. » Les erreurs linguistiques sont toujoursprésentes dans son discours et marquent une différence supplémentaire avec lesgens qui l’entourent : il est étranger au milieu dans lequel il évolue. Enoutre, il semble cultiver une habitude qui le sépare décidément du milieusocial qui, en Angleterre, devrait être le sien : la gentry à lacampagne et la haute bourgeoisie en ville : Poirot ne boit pas dethé ! Il boit du chocolat. Les membres de la gentry qu’il côtoiedans Le Meurtre de Roger Ackroyd posent sur lui un regard condescendant,d’autant plus que ce ridicule bonhomme s’habille avec une élégance qui frise lemauvais goût. De plus, il a une très haute opinion de lui-même : il bombele torse et tient des propos qui laissent transparaître un immenseorgueil : « je suis génial en psychologie », affirme-t-il, cequi a le don de provoquer les sourires moqueurs autour de lui. Comme JulesCésar, il parle de lui à la troisième personne : « Hercule Poirotsait ! » Enfin, le lecteur et le docteur Sheppard le découvrent dansson jardin en train de cultiver non pas de rares orchidées ou des rosesprécieuses, mais des courges. Bref, comme l’écrit Sheppard : « Ilsemblait si plein de lui-même qu’il en frisait le ridicule, son accent nefaisait qu’ajouter au grotesque et je me demandais s’il était vraiment à lahauteur de sa réputation ». Les notables de King’s Abbot le regardent dehaut et le méprisent quelque peu. Ils ont tort.

Le docteur Sheppard, le meurtrier, ne se méfie pas de cebonhomme dont il fait connaissance dans son jardin : Poirot, excédé, vientde jeter une courge par-dessus le muret. Personne ne lui accorde de crédit, etpourtant Poirot va démêler le nœud du problème, grâce à son intelligencesupérieure et sa méthode de travail. Son seul outil : les « cellulesgrises du cerveau », qu’il mentionne souvent dans son discours, et qu’ilne laisse jamais en repos. Sa méthode : l’observation. Rien ne luiéchappe. Et surtout, Poirot ne se laisse pas jouer par les apparences – jamais.C’est Flora Ackroyd qui lui demande de sortir de sa retraite et de mener uneenquête parallèle, afin d’innocenter Ralph Paton. Poirot voit tout de suite quela jeune femme est dans le vrai tandis que la police, incarnée par l’inspecteurRaglan, s’enferre dans cette fausse piste. Pour Poirot, chaque personnage estun suspect, car chacun a un mobile. Patiemment, il observe, révèle telle outelle information à tel ou tel personnage, fait toujours preuve d’une urbanitéet d’une politesse sans faille. Peu lui chaut le mépris amusé dont il estparfois l’objet : il est conscient de la supériorité de son intelligenceet sait qu’il confondra le coupable.

Donc Poirot observe, interroge, réfléchit, et, comme il aimele faire quand le dénouement de l’affaire est proche, il réunit tous lessuspects et leur expose le fruit de ses cogitations. Le lecteur est lui aussiconvié à cette réunion et regarde le rondelet détective défaire la pelote etretrouver le fil des événements. C’est ce qui arrive dans Le Meurtre de RogerAckroyd, à un détail près : Poirot ne dénonce pas le coupable. Il secontente de le menacer : « Demain, l’inspecteur Raglan apprendra lavérité. » Il ne manquait qu’une pièce à son puzzle, une information qu’ilapprend durant la réunion. Les suspects se séparent donc, et Poirot reste seulavec Sheppard, dont il sait qu’il est le meurtrier. Il joue gros : ledocteur pourrait se débarrasser de lui. Son seul bouclier est cette phrase, quien dit long sur son intelligence, sa suffisance et son courage : « Ilserait très déraisonnable de votre part d’essayer de me réduire au silence,comme Mr Ackroyd. Comprenez-moi bien : avec Hercule Poirot, ce genre deméthode ne mène à rien. » Il fait ici un pari : Sheppard préféreraune issue discrète à cette affaire, en l’occurrence un suicide maquillé enaccident, à un nouveau meurtre qui aboutirait sans doute à un procès, audéshonneur, à la mort sociale de Caroline Sheppard qui deviendrait une paria,et sans doute à la mort infamante par pendaison. Il expose donc, trèscourtoisement mais très fermement, son raisonnement, expose ses conclusions, etsuggère à Sheppard de quitter la scène avec dignité. C’est ce que va faire ledocteur, sans jamais ni protester, ni menacer, ni élever la voix. Nous sommesentre gens bien élevés.

Hercule Poirot est un des détectives les plus célèbres de lalittérature policière. Il apparaît dans trente-trois romans et plus de soixantenouvelles. Le détective belge, au corps replet et aux goûts vestimentairesdiscutables, est l’opposé d’un homme d’action. S’il est dévoré par des démonsintérieurs, le lecteur n’en saura jamais rien. Poirot est un cerveau, uneprodigieuse intelligence mise au service de la justice : le meurtre estpour lui un acte inacceptable et il a fait son devoir de démasquer lesassassins. Il est l’antithèse d’un Sam Spade, d’un John Rebus ou d’un PhillipMarlowe : Poirot abhorre la violence physique, ne séduit pas les femmes,ne boit jamais d’alcool. Agatha Christie a créé un calme personnage quidémasque les menées criminelles de gens au-dessus de tout soupçon, par sa seuleintelligence. 

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Hercule Poirot >