Le Théâtre et son double

par

La cruauté, la source d'une nouvelle dramaturgie

C’est ici qu’Artaud s’écarte le plus du groupe surréaliste : il met au premier plan de son esthétique théâtrale le mal-être profond de l’homme, ses désirs torturés, ses passions honteuses et refoulées. Cet art qu’il nomme « théâtre de la cruauté » renoue avec l’idéal antique d’une purgation des passions par le spectacle : sur scène doit se jouer les sentiments inavoués qui agitent le cœur des hommes, pour que ceux-ci en sortent purifiés, ayant assouvi par l’imagination les crimes les plus atroces avec les personnages. Ainsi, les personnages qui se meuvent sur scène et expriment par leurs gestes, leurs gesticulations et leurs cris les pulsions de mort les plus atroces entraînent les spectateurs dans une violence psychologique aiguë qui leur fait accepter et vivre ce qu’ils ne peuvent faire en société.

« on peut bien admettre que les événements extérieurs, les conflits politiques, les cataclysmes naturels, l’ordre de la révolution et le désordre de la guerre, en passant sur le plan du théâtre se déchargent dans la sensibilité de qui les regardent avec la force d’une épidémie. »

         Il introduit la nécessité du danger et de l’anarchie dans le théâtre — le danger dans l’imprévu des choses, dans la force d’évocation des images, dans le passage brusque de « l’image pensée à une image vraie », — l’anarchie qui rapproche du chaos en remettant en cause toutes les relations et toutes les significations. 

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur La cruauté, la source d'une nouvelle dramaturgie >