Le Théâtre et son double

par

LA MISE EN SCÈNE ET LA MÉTAPHYSIQUE

Artaud introduit son propos sur la description d'une peinture d'un "primitif", Lucas van den Leyden qui, selon lui, rend inutile tout l'art qui est venu après lui. L'expression des gestes, des couleurs, de la composition rend visibles les idées profondes et abstraites qui motivent le tableau. Pour Artaud, cette peinture incarne ce que le théâtre devrait être : « Comment se fait-il qu'au théâtre, au théâtre du moins tel que nous le connaissons en Europe, ou mieux en Occident, tout ce qui est spécifiquement théâtral, c'est-à-dire tout ce qui n'obéit pas à l'expression par la parole, par les mots, ou si l'on veut tout ce qui n'est pas contenu dans le dialogue […] soit laissé à l'arrière-plan ? » Le dialogue, sur lequel est fondé tout le théâtre classique européen, est du côté de l'écrit et du livre – Artaud demande de se recentrer sur le langage physique, qui parle aux sens et à la sensibilité du spectateur. Ainsi, le théâtre doit retrouver sa façon de concevoir la "poésie de l'espace", c'est-à-dire l'architecture, le décor, les couleurs, les costumes, la gestuelle pure des acteurs, et il doit par ailleurs se libérer du joug du texte et de la simple parole.

         Le théâtre contemporain occidental serait ainsi sur la voie de la décadence car il a perdu à la fois le sérieux et l'humour des premières pièces, l'esprit d'anarchie des sens qui forge la poésie, le sentiment de danger. C'est la métaphysique qu'il a perdu de vue, en se tournant vers l'étude de la psychologie (que l'on voit bien incarnée, par exemple, dans les drames romantiques du XIXème siècle ou dans les vaudevilles), alors que le théâtre oriental a gardé, lui, la dimension métaphysique fondatrice.

Artaud réfléchit alors à un des moyens d'expression qu'offre le théâtre : le langage articulé. Celui-ci doit, pour atteindre une expression métaphysique, dépasser ses cadres usuels et aller explorer les frontières de l'expressivité. Il doit se faire incantation.

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