L'eau des collines

par

César Soubeyran

Surnommé le Papet, c’est-à-dire selon l’usage provençal le grand-père, le patriarche, il porte le nom du plus illustre des chefs de la Rome antique (ce qui était d’usage en Provence au début du XXe siècle). Ce personnage domine l’œuvre de bout en bout, bien qu’aucun volume ne porte son nom. Il « approchait de la soixantaine. Ses cheveux, rudes et drus, étaient d’un blanc jaunâtre strié de quelques fils roux […] et ses paroles sifflotaient entre des incisives verdâtres que l’arthrite avait allongées. » Il a deux obsessions : amasser du bien, et que la lignée des Soubeyran se perpétue.

Les Soubeyran sont des notables parce qu’ils sont riches. Être riche, c’est avoir de la terre : « Notre bien, qui fait le quart du cadastre des Ombrées », voilà la richesse des Soubeyran, avec le trésor, « un jarron de pièces d’or », une véritable fortune. C’est cette faim jamais éteinte qui pousse le vieillard à vouloir acheter le bien de Pique-Bouffigue. C’est au titre de cette richesse, et à ce titre seulement, que le Papet est respecté dans le village, mais il n’est pas aimé. Il ne s’est jamais marié, car la fille qu’il aimait, Florette, en a épousé un autre alors qu’elle était enceinte de lui. César l’ignore. Il se croit stérile : « J’étais comme le beau cerisier d’Anglade qui fait tant de fleurs et jamais de fruits. » Jusqu’à la mort du bossu, il ignorera que Jean Cadoret est son fils.

Sa deuxième obsession, c’est la continuité de la lignée des Soubeyran. De l’illustre – à ses yeux – famille, il ne reste que lui et Ugolin. C’est pourquoi il cherche à ce que le jeune homme se marie, afin qu’il fasse des enfants qui hériteront des terres, de l’or, et qui porteront le nom de Soubeyran.

Il est le démon qui pousse Ugolin au crime. Jamais il n’agit personnellement, mais il manipule l’irresponsable Ugolin. Il se garde bien de dire au village que le bossu est le fils de Florette, donc un enfant du pays, afin que les villageois ne voient en lui qu’un étranger. Il espionne le bossu, mais de loin, sans jamais voir son visage.

Le châtiment est à la mesure du crime : il perd son neveu Ugolin, qui se suicide, et apprend, bien trop tard, qu’il a été lui-même victime d’un coup du sort, à cause d’une simple lettre égarée. Apprendre que le bossu est son fils et qu’il a tué son enfant à petit feu le fait basculer dans une stupeur telle que les villageois le croient sénile : « Il est devenu complètement gâteux ». En fait, il ne quitte pas Manon, sa petite-fille, des yeux, autant que faire se peut. Avant de se laisser mourir, il lui écrit une lettre poignante qui donne la conclusion de cette histoire : « Je me languis de mourir parce que, à côté de mes idées qui me travaillent même l’enfer c’est un délice. » Obsédé par la perpétuation de sa lignée, il meurt pourtant seul, comme son dernier représentant.

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