L'eau des collines

par

Manon des Sources : Renversement, revanche, pardon

Dansla deuxième moitié de L’Eau des collines,Pagnol renverse la dynamique du premier tome tout en créant un parallélismeétroit entre les deux. Non plus conspirateurs, les deux Soubeyran deviennentceux contre qui on conspire. Les secrets sont révélés au lieu de demeurercachés ; la communauté ne peut plus se tenir à distance de ce qui sepasse. Et celle qui retient l’eau des sources le fait par revanche et non paravidité. Le champ du récit est élargi et les Bastides forment une bien plusgrande partie de l’histoire. C’est donc beaucoup plus l’histoire d’unecommunauté. Une communauté d’ailleurs en train de se renouveler, avec l’arrivéed’un nouveau curé, du nouvel instituteur et la nouvelle permanence deBelloiseau. Les étrangers sont accueillis comme Jean ne l’a pas été.

Laréalisation que son père a été trahi pousse Manon à appliquer la loi du talion,à faire le même tort à ceux qui l’ont fait souffrir. Les intentions de Manonsont bien plus claires que celles d’Ugolin. Elle a l’intention de fairesouffrir, alors que pour ce dernier la souffrance de Jean était une regrettablenécessité. Elle possède une clarté morale sous-tendant ses actes qui manquait àUgolin.

Maisla victoire de Manon n’est pas due à elle seule ; le destin l’y assiste,en frappant Ugolin d’amour pour elle. Cela seul le poussera à admettre ce qu’ila fait, et seul le rejet de la jeune femme le pousse au suicide. Rendu fou parsa passion et par l’empoisonnement causé par le ruban qu’il se coud à lapoitrine, folie à laquelle il est d’ailleurs prédisposé par atavisme, Ugolinconnaît un parcours semblable à celui de sa victime, commençant plein d’espoirmais se heurtant à quelque chose qu’il ne peut changer. Il apprend en somme quetoute sa richesse vaut moins qu’il ne le pensait, et découvre, au moins un peu,ce qu’est être victime.

Larevanche de Manon se concentre sur l’hypocrite Ugolin, et c’est lui qui enmeurt, étant le plus coupable des deux Soubeyran. Le Papet n’a jamaismenti face à Jean, et il n’a jamais éprouvé de remords pour ses actes, alorsque la conscience d’Ugolin l’a tenaillé et qu’il ne l’a pas écoutée. Mais Manonrisque d’aller trop loin et de punir démesurément les Bastidiens ; ilfaudra les paroles de Bernard pour la convaincre de pardonner.

BernardOlivier est un personnage central de Manondes sources parce qu’il est en somme une réplique de Jean, mais mieux adaptéà la vie des Bastides. Éduqué et éducateur, il sait se glisser dans lequotidien des Bastides sans cacher son intelligence et sa connaissance, maissans non plus se montrer condescendant. Il n’essaie pas de s’atteler à unetâche qui n’est pas la sienne mais prend plutôt un rôle qui lui convient. Deplus il a les yeux ouverts et il est présenté, de loin, comme moins naïf que nel’était Jean de Florette : alors que Jean ne pourrait imaginer qu’Ugolinait bouché une source, Bernard comprend sans peine que Manon est responsable dela subite sécheresse. Ce n’est pas pour rien qu’en rêve Manon le voit bossu, etil n’est pas surprenant non plus qu’elle tombe amoureuse de lui. Pagnolaccentue l’effet de miroir que permet Bernard en lui donnant une mère, superflueà l’action, mais qui est elle aussi un miroir, de Florette cette fois-ci. Si lagrand-mère de Manon a quitté les Bastides et est devenue « pluscrespinoise que Crespin », Mme Olivier sera la première femme, de mémoirevivante, à passer du statut d’étrangère à celui de Bastidienne. Bernard et samère illustrent la possibilité du changement et du renouveau, comme le feraManon en abandonnant ses chèvres pour se faire épouse et mère, alors qu’Aiméeet Victor font revivre le passé.

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