L'eau des collines

par

Tome I : Jean de Florette

Le village des Bastides Blanches est un hameau à flanc decolline au nord de Marseille. Ses habitants sont pauvres et n’aiment guère lesétrangers. Bien que vivant au XXe siècle, dans les années 1920, leurmode de vie est très proche de celui de leurs ancêtres paysans d’il y a cent oudeux cents ans. Pourtant, le monde moderne arrive peu à peu : le maire a letéléphone, la poste fonctionne, et les hommes vont faire leur service militaire.En revanche, il est une denrée rare et précieuse : l’eau. Le village estalimenté par une unique fontaine, dont l’eau vient d’une source perdue au loindans la colline.

C’est au retour du service militaire qu’Hugolin Soubeyran,dernier représentant d’une vieille lignée paysanne (il est laid, cligne desyeux sans arrêt, sent le renard et sait à peine lire), propose à son oncle,César Soubeyran, riche paysan que tout le village surnomme le Papet, une idéerévolutionnaire. Il veut commencer la culture des œillets, en lieu et place dela culture ancestrale des arbres fruitiers, des tomates et des pois chiches.L’idée est excellente, et peut rapporter beaucoup d’argent. Mais il faut deuxchoses : un terrain propice et de l’eau. Le champ d’un voisin, Pique-Bouffigue,conviendrait parfaitement puisqu’il est bien exposé et se trouve arrosé par unesource connue de très peu de gens. Mais Pique-Bouffigue refuse de vendre.Éclate alors une dispute, au cours de laquelle Pique-Bouffigue tombe d’unarbre, et meurt peu après. À la connaissance des deux Soubeyran, la seulehéritière est une certaine Florette, une fille du village qui a commis le crimeimpardonnable d’épouser un homme de Crespin. Le Papet et Hugolin décident dedéprécier la maison du vieux Pique-Bouffigue : ils cassent les vitres et lestuiles, et bouchent la source avec du ciment. Le terrain est devenuincultivable, et ils espèrent que Florette s’en débarrassera à vil prix.

Mais le village a la surprise de voir arriver un inconnu quis’installe dans la maison, avec sa femme et sa fille. C’est le fils deFlorette, Jean. Celui-ci a décidé de quitter la ville pour vivre une vie saineà la campagne, sur la terre ancestrale qu’il compte bien cultiver lui-même, etde façon rationnelle. Le malheureux ne le sait pas, mais il incarne tout ce queles habitants des Bastides Blanches détestent : il est le fils d’un hommede Crespin, citadin d’origine et instruit par-dessus le marché. Le Papet vas’employer à faire grandir cette haine, pendant que Hugolin va gagner l’amitiédu bossu, car Jean est bossu. Il va ainsi pouvoir lui soutirer desrenseignements sur ce qu’il compte faire. Il apprend ainsi que Jean compte éleverdes lapins, faire pousser un potager, et cultiver des graines étranges venuesde loin. D’après ses calculs – car il a tout calculé –, il fera fortune en peude temps.

Malheureusement pour lui, il lui manque le principal :l’eau. Il ne sait pas que court sous ses pieds une source abondante, et il vachaque jour faire provision d’eau avec sa femme et la petite Manon, sa fille.Ils se rendent loin, marchent longtemps, et le calvaire du bossu commence. Ilattend la pluie, qui ne vient pas. Ses légumes meurent, ses lapins aussi. Sesquelques économies fondent, la famille est au bord de la misère. Le Papetricane devant ce triste spectacle que lui décrit Hugolin. Ce dernier est, quantà lui, pris à son propre piège, car il éprouve une vraie amitié pour Jean. Lesmois passent, et tout le village voit souffrir cette famille sous le cruelsoleil provençal, et ceux qui connaissent l’existence de la source ne disentrien – ce n’est pas leurs affaires pensent-ils.

 

Le bossu n’a plus qu’un espoir, celui de creuser pourtrouver de l’eau. Dans le pire des cas, cela fera une citerne pour recueillirl’eau de pluie. Il creuse, puis veut utiliser de la dynamite pour aller plusvite. Mais il ne maîtrise pas la force de cet outil, et il se tue, laissant uneveuve et une fillette dans la misère.

Arrivent alors le Papet et Hugolin, qui rachètent le terrainet la ferme. La veuve et l’orpheline ont à peine fait leurs bagages et quittéles lieux où elles ont tant souffert que les deux hommes apportent les outilsadéquats et en deux coups de pioche font jaillir la source qui aurait sauvé lepauvre Jean. Ils rient de bonheur, sans réaliser que Manon, la fille du bossu,les a vus, et a compris leur odieux stratagème.

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