L'eau des collines

par

La tragédie et le mythe : Œdipe réécrit

Unedes choses les plus frappantes dans L’Eaudes collines est le pouvoir de sa simplicité : la trame estinoubliable et racontée de la manière la plus simple possible, avec un tonpresque conversationnel qui s’annonce dès la première phrase. Pagnol utiliseune écriture claire dont la simplicité ne fait qu’accentuer le pouvoir de sonrécit, car le lecteur n’est jamais distrait par des fioritures littéraires.Avec cela il y a une organisation qui fait s’accorder tous les faits du récit, jusqu’àla révélation de la véritable paternité de Jean. L’Eau des collines a la puissance d’un mythe, d’une tragédiegrecque.

Cen’est pas là une association gratuite : auteur de théâtre, classiciste,Pagnol connaît à merveille le fonctionnement de tels récits. Ce qu’il offredans L’Eau des collines est laréécriture de l’un des grands mythes de la civilisation occidentale, celui d’Œdipe.

Lemythe d’Œdipe contient bien plus que le simple schéma d’un fils aimant sa mèreet tuant son père. Le curé, faisant allusion au mythe dans son sermon, sanspréciser duquel il parle, relève surtout l’idée d’une punition collective dueaux actions de quelques-uns seuls ; la nature du crime est moinsimportante que son existence. Pagnol inverse les rôles. Nous avons ici un pèrequi tue son fils sans le savoir, un fils qui, comme Œdipe, porte sur lui lestraces physiques des essais de sa mère de se débarrasser de lui. Si Œdipe avaitles pieds enflés d’avoir été cloué au sol lorsque ses parents l’avaientabandonner pour échapper à la malédiction, Jean est bossu, vraisemblablementsuite aux tentatives de Florette pour avorter. Si cela n’était pas assez pournous mettre sur la piste, dans les deux histoires, la vérité de l’identité del’étranger vient d’un aveugle – le voyant Tirésias pour Œdipe, la vieilleDelphine pour Jean, dont le nom n’est pas sans rappeler Delphes, où se trouvaitle principal oracle de l’ère antique.

Cettestructure mythique explique un peu le pouvoir du récit : la variation dePagnol s’inscrit dans la liste des œuvres qui puisent leur source aux débuts dela littérature occidentale, dans des récits qui semblent parfois avoir existéde toute éternité. Pagnol offre assez d’indices pour que l’on puisse identifierle mythe qui l’inspire, mais qu’on l’identifie ou non, L’Eau des collines demeure une histoire qu’il nous semble souventavoir déjà entendue, même lorsqu’on la lit pour la première fois, du fait de sesassises classiques, de son schéma évocateur.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur La tragédie et le mythe : Œdipe réécrit >