Les Diaboliques

par

Le caractère diabolique des femmes

À l’aide de questions rhétoriques, Aurevilly annonce la couleur dès la préface : « Pourquoi les Diaboliques ? Est-ce pour les histoires qui sont ici ? Ou pour les femmes de ces histoires ? […] Quant aux femmes de ces histoires, pourquoi ne seraient-elles pas les diaboliques ? N'ont-elles pas assez de diabolisme en leur personne pour mériter ce doux nom-là ? » (p.02). Il est donc clair que la femme occupe une place prépondérante dans cet ouvrage. Il s’attarde sur sa nature. Il réside chez la femme un sérieux paradoxe, un mélange de caractéristiques contraires, de bien et de mal. En effet, le manichéisme est un peu la toile de fond de notre corpus. Notre vie est régie par ces deux extrêmes et celle de la femme encore plus. La femme est indéchiffrable, dangereuse, diabolique. C’est un être obscur, un mélange de sentiments, d’émotions, de pensées contraires et paradoxales. Cette caractéristique est partagée par toutes les femmes de cet ouvrage. Commençons par Haute-claire Stassin. C’est une femme qui a reçu les faveurs du ciel: « "La fille d'un homme comme toi – lui disait-il – ne doit se nommer que comme l'épée d'un preux. Appelons-la Haute-Claire !" Et ce fut le nom qu'il lui donna. Le curé de V… fit bien un peu la grimace à ce nom inaccoutumé, que n'avaient jamais entendu les fonts de son église ; mais, comme le parrain était monsieur le comte d'Avice et qu'il y aura toujours, malgré les libéraux et leurs piailleries, des accointances indestructibles entre la noblesse et le clergé ; comme d'un autre côté, on voit dans le calendrier romain une sainte nommée Claire, le nom de l'épée d'Olivier passa à l'enfant, sans que la ville de V… s'en émût beaucoup. » (p.91). Comme nous pouvons le constater, chez cette jeune femme, le paradoxe débute dès le baptême. Il y a tout de même une sainte nommée Claire, la jeune femme n’aurait-elle pas pu hériter de sa bonté d’âme. Loin de là, la jeune femme ne prêche pas la compassion, l’amour, la charité. Elle est chef d’armes et escrimeuse hors pair. Dans le but de parvenir à ses fins, elle se fait embaucher sous un faux nom (Eulalie). C’est un oxymore vivant capable de faire le plus grand bien et d’une extrême méchanceté. Loin de s’appesantir sur le physique de ces dames, l’auteur insiste sur leur caractère intérieur.

Il en va de même pour Albertine. Celle dont la naissance est un paradoxe, car elle ne tient rien de ses parents, mène une existence tout aussi paradoxale. La beauté angélique est dotée d’une main de fer. C’est la Margaret Thatcher de l’époque. Elle a la fermeté d’un homme. Elle mène la danse dans ses relations. La femme, douce beauté, objet d’admiration et d’envie, est surtout un être de fureur, ferme et cruel. La première mène avec dextérité les âmes et manipule allègrement les êtres qui l’entourent, la deuxième mène un ancien militaire chevronné à la baguette. Afin d’illustrer leur dualité et leur caractère diabolique, il les compare respectivement à la grande Isis noire (p.86) et à l’épagneul de Velasquez (p.27). Les femmes de notre corpus sont des êtres froids, cruels, énigmatiques, parfois vides.

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