Mon enfance en Allemagne nazie

par

Alma Dereck, Mutter Dereck ou Grossmutter

La mère de Grete est une vieille femme ronde,
sans taille ou presque, au visage ridé et aux « cheveux gris épinglés derrière »,
qu’Ilse décrit comme « une pauvre et solide paysanne ». Elle se
montre toujours très fière du travail quotidien qu’elle abat. Au début de
l’ouvrage, elle se moque des croyants qui se rendent à l’église ; elle de
son côté a le temps d’accomplir une journée de travail pendant une messe.
Quand, à la fin de la guerre, elle partage avec des voisins des pêches en
conserve et qu’on lui dit : « Dieu vous a envoyée ! », elle
répond, toujours sûre d’elle, n’attendant jamais rien de personne :
« Dieu ne m’a pas aidée un brin. […] Il ne m’a jamais aidée. »

Elle et son mari habitent à Lübars, à 20
minutes en autobus de Waidmannslust, auxquelles il faut ajouter 45 minutes de
train pour arriver à Berlin. Elle n’exprime jamais aucune tendresse à Ilse dont
elle sollicite les bras sans arrêt ni vergogne – « “petite fille ingrate”
est l’une de ses expressions de tendresse. » Tout de suite après on
trouve : « “Pssh !” fait-elle, comme si j’étais un de ses
poulets. » En 1938, quand Ilse s’installe chez elle à Lübars, elle note
que « tout est laid ». Il n’y a pas un seul livre, car ici, on pense
qu’avec des livres, on s’abîme les yeux. Grossmutter, pragmatique, lâche :
« Je n’ai jamais rien appris d’utile à l’école ! » Ilse dira
tant elle mange bien grâce à elle jusqu’au cœur de la guerre : « Comment
peut-elle créer de telles merveilles et en même temps vivre dans une telle
laideur ? »

Grossmutter a une grande autorité sur sa fille
et sa petite-fille, qui lui obéissent sans faillir. Elle paraît sans pitié
vis-à-vis d’elles, mais c’est qu’elle-même est une force de la nature, au
mental d’acier, et elle ne leur demande, après tout, pas plus que ce qu’elle
fait elle-même. Elle impose cependant son schéma de pensée à tous sans se
soucier des spécificités de chacun. En cela, elle apparaît particulièrement
bornée, mais douée d’une force de vie louable au moment où les choses se
gâtent, quand chacun craint pour sa vie dans la cave : sa constance quand
on entend les bombes tomber, son imperturbabilité – elle écosse des haricots,
tricote –, rassurent au fond tout le monde. « “C’est tombé près”, dit
Grossmutter sans la moindre trace d’émotion dans la voix. » À la fin de la
guerre, jamais à court d’expédients, elle parvient à préserver les femmes de sa
famille ainsi qu’une jeune voisine des viols qui se multiplient, et elle sert,
chez elle, le repas à plus de trois cents Russes.

Au-delà de son bon sens pragmatique, elle ne
montre toutefois de curiosité pour rien ni personne, et moque les livres
qu’affectionne son gendre, qui ne peuvent remplir les têtes que de bêtises, de
choses inutiles.

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