Mon enfance en Allemagne nazie

par

Ilse Margarete Koehn

Ilse s’exprime ici à la première personne ; elle raconte sa vie depuis sa naissance, en 1929, jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, alors qu’elle a 16 ans. Elle s’attarde surtout sur la période 1937-1945, qu’elle décrit en détail de son point de vue d’enfant puis d’adolescente.

Son grand-père lui répète sans arrêt qu’elle est « pâle et maigre ». Quand elle se compare à sa mère, qu’elle trouve très belle, elle se demande : « Pourquoi suis-je si laide ? » Un certain manque de confiance en soi, on le voit, préside donc à son caractère. Elle a pourtant eu une enfance heureuse, rapporte-t-elle, sans trouble : les seuls larmes qu’elle aura versées, dans ses premières années, lui auront été arrachées par un conte triste. Elle ne s’offusque guère quand ses camarades de classe la surnomment « païenne » parce que ses parents sont dissidents.

C’est une enfant fière, qui a toujours envie de bien faire, et qui sanglote de honte quand l’inspection des responsables des Jeunesses hitlériennes s’est soldée par de cinglants reproches. Pleine de principes, elle ne veut pas tirer profit de ses prérogatives quand elle se retrouve, avec une amie, préposée au courrier dans le troisième camp où la guerre l’a envoyée, malgré les offres alléchantes qu’on lui fait.

C’est une jeune fille téméraire, aventurière. Dans ce même camp, elle participe à une randonnée jusqu’à la plus haute montagne des environs, puis à une longue descente à ski dans la pénombre. Plus tard, elle organisera elle-même une baignade sous une chute d’eau avec des camarades, bien qu’elle risque les réprimandes de la professeure qui règne sur le camp.

Cette jeune fille brille partout où elle passe, jusqu’au camp de formation des chefs des Jeunesses hitlériennes, et même si elle n’est pas guidée par une grande motivation, ses éventuelles ambitions ayant été bridées par son père, qui l’a prévenue qu’elle ne devait accepter aucun poste à responsabilité. Son énergie surprend, dépasse celle de son père quand celui-ci vient la chercher dans le dernier camp et qu’il faut rejoindre le seul train du jour qui pourra les ramener chez eux avant qu’ils ne soient rattrapés et punis pour avoir enfreint la loi. Ilse trouve en elle de surprenantes ressources pour se motiver, motiver son père – même en lui mentant –, et tirer deux valises à la fois à certains moments.

Comme sa grand-mère maternelle est née juive, elle est considérée, dans la classification nazie, comme une « Mischling second degré » à partir du moment où sont promulguées les lois contre les Juifs.

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