Mon enfance en Allemagne nazie

par

Entourée mais seule

Ilse, ballotée entre sa mère et son père, sa
grand-mère maternelle et ses grands-parents paternels, l’école et les camps,
sent souvent une distance entre elle et les autres, qu’elle soit physique ou psychologique,
quand certaines relations sont entravées par la nécessité du secret. Quand Ilse
est forcée de vivre avec Oma et Vati, au début du livre, son univers lui
apparaît parfois comme « un trou noir et vide ». Quand elle apprend
que ses grands-parents maternels ont demandé à l’État sa garde, Ilse se sent
« balancée comme une balle de ping-pong ». Lors d’une soirée, « On
ne me remarque même pas quand je descends la guitare, me place près de Vera et
la lui tends. » Contente d’avoir réussi à détendre l’atmosphère en faisant
chanter tout le monde au lieu de parler guerre et politique, Ilse sent qu’il
manque toutefois quelque chose : « Cela me fait mal quand je me rends
compte que c’est Mutti. » De retour à Lübars : « ils ne sont pas
plus contents de m’avoir que moi d’être ici. […] Je n’ai personne à qui
parler. » Quand elle revient du premier camp : « il n’y a pas de
place pour moi ici », « Ils n’ont pas besoin de moi ! »
Elle se vit comme « une toute petite boule esseulée. » Chez Oma, à
nouveau, Ilse constate : « Même ici, je ne me sens plus chez moi. Pas
d’espace, pas de temps pour Ilse. »

Au retour du premier camp, Ilse est consternée
de constater qu’il ne semble plus y avoir de place pour elle ni dans la vie de
sa mère, ni dans celle de son père. Elle ne trouve du réconfort qu’après d’une
égale, une fillette de son âge dont l’exploit a simplement consisté à garder
une place, à l’école, à son amie : « Il y a un coin pour moi quand
même », « J’ai envie de la serrer dans mes bras et presque de pleurer
tellement je me sens reconnaissante. »

Même si elle a aimé, au départ, les prairies
ceignant le troisième camp, tout finit par lui devenir « odieux,
détestable ». Son âme a besoin d’être alimentée par des choses nouvelles.
Dans le premier camp où on l’envoie, on répète à Ilse et ses camarades :
« On peut s’habituer à tout », et Ilse s’en apercevra, quand elle enviera
le retour dans un lieu qu’elle avait détesté, alors qu’elle se trouve, dans des
conditions pires, enfermée dans un hôpital pragois. Il n’y a que l’ennui,
auquel on ne peut s’habituer ; ainsi, dans le troisième camp, Ilse fait
l’analyse suivante : « Nous nous sommes trop souvent données en
spectacle les unes aux autres. » Mais quand, à son retour, elle se fait un
ami puis un petit copain en la personne d’Eberhard, la guerre les maintient à
distance : « Si au moins Eberhard et moi pouvions être ensemble
pendant les raids. Mais il est de l’autre côté de la rue et, pendant un raid,
c’est la même chose que d’être à l’autre bout du monde. »

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