Mon enfance en Allemagne nazie

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Ilse Koehn

IIse
Koehn est une écrivaine américaine d’origine allemande née à Berlin en 1929 et
morte en 1991 à Greenwich (Connecticut, États-Unis). Elle a publié deux œuvres,
Mon enfance en Allemagne nazie et Tilla, témoignages à teneur historique
et autobiographique propres à initier ou compléter les connaissances des jeunes
lecteurs relativement à l’histoire de l’Allemagne dans l’entre-deux-guerres
puis pendant la guerre. Pour le jeune lecteur français, ces œuvres offrent un
contrepoint intéressant aux récits auxquels il est habitué, généralement centrés
autour du sentiment français.

Comme
elle le raconte dans son œuvre autobiographique, en septembre 1935, alors
qu’Adolf Hitler promulgue les lois racistes contre les Juifs, Ilse Koehn a six
ans. Son père, Ernst Koehn, dont la mère est juive et le père allemand, tombe
sous la classification de « Mischling, premier degré » – Mischling signifiant sang mêlé –, tandis
que la petite Ilse est considérée comme une « Mischling, deuxième
degré ». Ses parents se séparent pour assurer sa protection.

Il est
essentiel de connaître ce qu’a vécu Ilse Koehn dans ses jeunes années, car son
parcours à ce moment-là fournit l’essentiel de la matière de ses œuvres. Elle
sera notamment contrainte de prendre part aux camps des Jeunesses hitlériennes,
alors qu’elle vit chez ses grands-parents maternels avec sa mère qui lui est
très attachée, Margarete Dereck. C’est une période d’incompréhension face à la
violence des professeurs dans les camps et ce qui est vécu comme des abandons
par ses parents qui la laissent sous le joug de ces gens brutaux pour des
durées plus ou moins longues. De plus, sa grand-mère la fait beaucoup travailler,
l’obligeant à délaisser l’école.

Dans les
camps, Ilse fait néanmoins la connaissance de Ruth, qui devient sa meilleure
amie. Grâce à elle, Ilse a le contrepoint de l’idéologie qu’on lui prône, car
Ruth est antinazie ; l’attentat raté contre Hitler par exemple apparaît donc
à celle-ci comme une opportunité perdue.

Une fois
la guerre terminée, Ilse Koehn entreprend des études de graphisme et
d’illustration. Elle sera ensuite embauchée par divers magazines allemandes,
jusqu’à ce qu’elle décide de quitter Berlin-Ouest pour aller vivre à New York
en 1958. Là, elle travaillera un temps comme directrice artistique pour les
agences de publicité J. Walter Thompson et Campbell-Downe. Elle déménage à
Greenwich (Connecticut) avec son mari en 1970, où ils travailleront désormais
comme écrivains, illustrateurs et graphistes.

Mon enfance en Allemagne
nazie
paraît en 1977 aux États-Unis sous le titre Mischling, Second Degree: My Childhood in
Nazi Germany
. Il est publié quatre ans plus tard en France dans une
traduction de Michèle Poslaniec à l’école des loisirs. L’ouvrage est
soigneusement construit. Le récit, raconté par l’auteure à la première
personne, est chronologique, et brasse des événements qui s’étendent de 1926 à
1945. Il part donc d’une période antérieure à la naissance d’Ilse Koehn.

L’implication
de l’auteure dans l’œuvre est d’autant plus forte qu’elle semble réellement
revivre sa vie, alternant un langage courant avec un langage familier ou des
tournures argotiques lorsque la jeune fille qu’elle était semble ne plus pouvoir
maîtriser ses émotions. Ilse Koehn raconte comment la vie en Allemagne, du
moment où les lois raciales sont promulguées, où la propagande nazie envahit
les écoles et où la jeune Ilse doit se rendre dans les camps de Jeunesses
hitlériennes, devient de plus en plus difficile, jusqu’en 1945 et la débâcle
finale. Il est aussi question de la situation particulière d’Ilse, dont les
parents sont séparés, de sa vie quotidienne et des membres de sa famille. Certains
souvenirs sont propres à marquer l’imagination des plus jeunes, susceptibles de
s’identifier, par exemple lorsqu’il est reporté que dans la capitale allemande,
sous les bombes, au milieu des ruines, les enfants se quittaient en
s’échangeant des paroles tragiques : « Reste en vie ».

Cette
première œuvre reçoit des prix significatifs, entre autres le Lewis Carroll
Shelf Award, à l’occasion duquel la School of Education (sorte d’IUFM) de
l’université de Wisconsin-Madison récompense un livre censé avoir les qualités
pour figurer aux côtés des deux chefs-d’œuvre de l’auteur anglais. Par là
l’ouvrage est vivement recommandé aux jeunes lecteurs. Il reçoit également un
Jane Addams Peace Foundation Award, du nom de la prix Nobel de la paix
américaine.

En 1981,
Ilse Koehn fait paraître chez Greenwillow Books Tilla, un autre récit dont la lecture convient aux adolescents, et
propre à être employé dès la classe de troisième ou au lycée pour illustrer une
bibliographie sur l’Allemagne. Il est à nouveau édité par l’École des loisirs
dès l’année d’après. Le récit a pour point de départ la date historique du 13
février 1945 et le bombardement de Dresde (à l’est de l’Allemagne, dans la
Saxe) par les alliés anglais et américains. La protagoniste est Tilla, une
jeune fille de quinze ans qui pendant la tragédie était allée chercher à vélo des
pommes de terre chez une paysanne à une cinquantaine de kilomètres de la ville.
Quand elle retourne chez elle avec ce qui est alors un trésor, elle découvre
que sa maison et sa rue ont été détruites, et que sa mère et son frère sont
morts. Rolf, de son côté, est un jeune homme ayant fui les Jeunesses hitlériennes,
et qui part rejoindre sa tante à Berlin ; il rencontre alors Tilla, elle-même
en route pour la capitale. L’histoire d’amour qu’ils y vivent contraste avec
l’effondrement de leur pays. Signe de la part autobiographique à nouveau
perceptible dans cette œuvre, Tilla s’inscrit aux Beaux-Arts qui viennent
d’ouvrir. Ilse Koehn plonge le jeune lecteur dans le climat de terreur d’alors,
rapportant les exactions de l’armée soviétique, puis dans l’atmosphère de
privation, le rationnement ayant été instauré. L’adolescent français dispose là
d’un récit propre à trancher avec ceux auxquels il est habitué, relatifs à la
guerre, qui expriment notamment le soulagement des populations au moment de la
Libération, alors que le cauchemar s’est poursuivi pour les populations
allemandes.

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