Mon enfance en Allemagne nazie

par

L’hypocrisie et le mensonge à l’œuvre au sein du régime nazi

La vive intelligence d’Ilse Koehn, son sens de
l’observation, du détail, ainsi que, sans doute, la pensée antinazie qui
perfuse sa famille, lui confèrent un regard particulier sur ce qu’elle observe.
Elle se montre ainsi très attentive aux contradictions auxquelles elle se heurte.
Ilse observe ainsi que par sa propagande le régime nazi prend soin de diffuser une
philosophie capable de soumettre le peuple, mais qui ne s’applique pas
forcément à ses cadres. « La femme allemande ne fume pas, ne boit pas, ne
se maquille pas ! » assène-t-on au peuple ; mais quand Ilse est
envoyée au quartier général de la jeunesse hitlérienne, elle se retrouve face à
« un jeune homme et une jeune femme [qui] devaient avoir un grade élevés
[…] complètement échevelés ! » Lui a même « du rouge à lèvres
plein le visage. » La pièce est en outre enfumée.

Dans le troisième camp, Helga et Irène,
responsables des Jeunesses hitlériennes, se laissent progressivement
aller : très rigides, intraitables au départ, elles finissent par
s’identifier aux jeunes filles qu’elles ont sous leur garde, et comme elles se
rangent sous l’autorité toute maternelle de Pfaffi. Cette anecdote illustre
l’œuvre contrenature du régime nazie, qui contraint les corps à outrance, forme
toute une hiérarchie selon des principes rigides, un système fermé qui peut
s’effondrer dès qu’une possibilité de liberté se fait jour. Face à l’autorité
artificielle de Helga et d’Irène, c’est la riche expérience et l’autorité
naturelle de Pfaffi qui finissent par prévaloir.

Parmi les mensonges auxquels est confronté
Ilse : « L’école continuera
normalement.
 » Mais dès le premier camp où la jeune fille est envoyée,
en 1941, ce n’est déjà plus le cas. Au lieu de cours normaux, on chante
« des airs populaires à la guimauve. » Les informations données à la
radio sont pleines de litotes et de détours : l’armée allemande, quand
elle perd, effectue « une “retraite en ordre” afin de redresser [la] ligne
de front ». En juin 1944, après le débarquement des Alliés en France,
« la radio claironne à propos de notre arme secrète », une pure
invention ne correspondant à aucune réalité, évidemment. Puis à l’approche des
Russes, une « propagande macabre » prend place ; à la radio,
sont diffusés « des récits d’atrocités incroyables commises par les
“hordes bolcheviques bestiales”. Des comptes rendus de viols, de meurtres, de
tortures et d’incendies à vous faire dresser les cheveux sur la tête. »

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur L’hypocrisie et le mensonge à l’œuvre au sein du régime nazi >