Electre

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Electre

Filled’Agamemnon, roi d’Argos, et de Clytemnestre, sœur d’Oreste, Iphigénie(sacrifiée aux dieux par Agamemnon) et Chrysothémis, Électre est une belle etintelligente jeune fille, de sang royal, âgée de vingt-et-un ans. La jeuneAtride est rongée par le désir de mettre en lumière les secrets qui entourentla mort de son père : ce désir l’habite à tel point qu’elle en oublie de vivresa propre vie : « Électre n’est jamais plus absente que du lieu oùelle est » (acte I, scène IV). Lorsqu’elle était encore enfant, Agamemnonfut retrouvé mort dans le palais royal ; il aurait officiellement glissésur le marbre humide du palais. Électre, sentant depuis toujours qu’un acteimpie a été commis, commence sa quête de vérité au moment où son frère Oresterevient au palais royal après des années d’absence – « Autrefois jepensais que ton retour me libérerait de cette haine. Je pensais que mon malvenait de ce que tu étais loin. Je me préparais pour ta venue à ne plus êtrequ’un bloc de tendresse, de tendresse pour tous, de tendresse pour eux. J’avaistort. Mon mal, en cette nuit, vient de ce que tu es près. Et toute cette haineque j’ai en moi, elle te rit, elle t’accueille, elle est mon amour pour toi.Elle te lèche comme le chien la main qui va le découpler. Je sens que tu m’asdonné la vue, l’odorat de la haine. La première trace, et maintenant, je prendsla piste… » (acte I, scène VIII).

         Avançant tout au long de la pièce surle chemin de la vérité grâce à son entêtement et aux révélations successives quisemblent parfois être d’inspiration divine, Électre est caractérisée par unidéalisme à toute épreuve. Portée par l’excessivité de sa jeunesse et le manquede confrontation à la réalité, Électre idéalise notamment son père alorsqu’elle ne l’a jamais vraiment connu : « J’aime tout ce qui, dans manaissance revient à mon père. J’aime comme il s’est dévêtu, de son beauvêtement de noces, comme il s’est couché, comme tout d’un coup pourm’engendrer, il est sorti de ses pensées et de son corps même. J’aime à sesyeux son cerne de futur père, j’aime cette surprise qui remua son corps le jouroù je suis née, à peine perceptible, mais d’où je me sens issue plus que dessouffrances et des efforts de ma mère. Je suis née de sa nuit de profondsommeil, de sa maigreur de neuf mois, des consolations qu’il prit avec d’autresfemmes pendant que ma mère me portait, du sourire paternel qui suivit manaissance » (acte I, scène VIII) ; « De ma joue contre sa joue,j’ai appris la chaleur de mon père. Parfois, l’été, le monde entier a juste latiédeur de mon père. J’en défaille. Et je l’ai étreint de ces bras. Je croyaisprendre la mesure de mon amour, c’était aussi celle de ma vengeance. Puis ils’est dégagé ; il est remonté à cheval, plus souple encore, plus étincelant »(acte II, scène VIII). Cette vision d’Agamemnon contraste avec celle de sa mèrequi, elle, voyait le roi d’Argos comme un homme brutal alors qu’il avait sacrifiéaux dieux Iphigénie, la sœur d’Électre.

         La quête d’Électre est-elle une quêtede vérité ou une quête de vengeance ? Au final, si Électre ne fait queconduire à la révélation du secret de Clytemnestre et d’Égisthe, elle fait volontairementde la vérité un outil de mort à la main d’Oreste. Au fond, ce qu’Électre veut,ce n’est pas la justice mais la vengeance : « (Électre parlant desassassins de son père) Je veux que leur visage soit noir en pleinmidi, leurs mains rouges. C’est cela la lumière. Je veux que leurs yeux soientcariés, leurs bouches pestilentielles » (acte II, scène I) ; « Etje l’ai étreint [Agamemnon] dansces bras. Je croyais prendre la mesure de mon amour, c’était aussi celle de mavengeance » (acte II, scène VIII).

         Électre vit à travers la relationconflictuelle qu’elle entretient avec sa mère : « Si un an tu asserré obstinément les lèvres, c’est de peur que ton premier mot ne soit le nomde ta mère » (acte II, scène V). Une question récurrente les oppose : Électreaffirme que sa mère a laissé tomber Oreste de ses bras lorsqu’ils étaientpetits alors que Clytemnestre soutient que c’est la jeune Atride qui l’a pousséhors de l’étreinte maternelle. La réponse à cette question est capitale en cequ’elle justifie ou non l’obstination d’Électre à chercher la vérité « ÉLECTRE–Si c’est moi qui ai poussé Oreste j’aime mieux mourir, j’aime mieux me tuer…Ma vie n’a aucun sens ! » (acte I, scène IV). La vision absolutiste que sefait Électre de la vérité s’oppose à une quelconque subjectivité de celle-ci,alors même que la perception d’un événement peut être erronée en toute bonnefoi. 

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