Electre

par

L'idéalisation de la justice

Lepersonnage d’Électre est d’un idéalisme à toute épreuve. Relativement à lajustice, la jeune fille ne transige jamais, car elle est animée par de grandsidéaux. Pour elle, la morale – une morale « supérieure » à l’individu– doit primer sur toute autre considération. La justice d’Électre est de cefait absolue, ce qui pose la question de la possibilité du pardon (A), et de lanécessité liée d’une sanction tout aussi absolue (B).

 

A/ Une justice absolue : le pardonest-il possible ?

 

         Électre, dès le moment où elle prendconscience que la mort de son père est la conséquence d’un assassinat, souhaiteque justice soit faite : « ÉLECTRE [à Oreste] – Bravo. Voilàce que j’appelle un bon réveil. Prends ton épée. Prends ta haine. Prends taforce » (acte II, scène III). Elle cherche à poursuivre son enquête defaçon à ce que toutes les circonstances du régicide soient mises au jour :lumière doit être faite.

         Une fois qu’Électre connaît la vérité,rien ne doit plus arrêter la machine de la justice : l’honneur de sa mère,la vie de son frère, l’intérêt de la cité… La justice d’Électre écrase tout surson passage. À la fin de la pièce, peu importe qu’Oreste lui ait été arraché parles Euménides, que sa mère soit morte, que des innocents aient été tués,qu’Argos ait été brûlée, Électre proclame : « J’ai la justice. J’aitout » (acte II, scène X).

         Face à cette machine infernale, à cette « justiceintégrale » (acte I, scène II) qu’est la justice d’Électre, le pardonsemble être inaccessible. Égisthe, une fois qu’il s’est « révélé »,comprend ses fautes passées et s’en repent. Même pour l’adultère qu’il a commisavec Agathe, il demande pardon au Président : « Un roi te demandeaujourd’hui pardon de l’insulte que t’a faite hier un débauché » (acte II,scène VII). Cependant, Électre continue sa quête de justice et souhaite purgerla ville des crimes des dirigeants quelles qu’en soient les conséquences etsans jamais accorder le pardon. Alors qu’Égisthe lui fait remarquer cela :« La justice d’Électre consiste à ressasser toute faute, à rendre toutacte irréparable ? » (acte II, scène X), Électre lui oppose l’argumentd’un intérêt supérieur à la vie propre d’un seul individu : « quandle crime porte atteinte à la dignité humaine, infeste un peuple, pourrit saloyauté, il n’est pas de pardon » (acte II, scène X). Ainsi, lapossibilité d’accorder le pardon dépendrait de la « loi » bafouée parle crime commis. Si la « loi » bafouée touche à l’intérêt supérieurde la société entière, alors le pardon n’est pas accordable.

         Cependant, la manière dont Électrejustifie sa quête de justice est ambiguë, car si elle oppose à Égisthel’argument d’un intérêt supérieur à l’individu propre, on ne peut nier qu’ellerecherche aussi une vengeance personnelle : « Je croyais prendre lamesure de mon amour, c’était aussi celle de ma vengeance » (acte II, scèneVIII).

 

B/ Une sanction absolue : le sangpour le sang

 

         La sanction que subissent Égisthe etClytemnestre est absolue : la mort par l’épée : « Il [Égisthe] entendit crier dansson dos une bête qu’on saignait. Et ce n’était pas une bête qui criait, c’étaitClytemnestre. Mais on la saignait. Son fils la saignait » (acte II, scèneIX). C’est une sanction extrêmement violente et brutale, à la mesure du meurtrecommis des années plus tôt par les deux amants.

         Deux idées peuvent découler de cettesanction : l’idée du sang purificateur d’une part (seule la purificationpar le sang permet à la ville de renaître : « Cela s’appellel’aurore ») et l’idée d’une justice primitive sur le modèle de la loi du taliond’autre part : « œil pour œil, dent pour dent ».

         L’autre sanction qui intervient dans lapièce est celle subie par Oreste en représailles de son parricide : « Oreste! Plus jamais tu ne reverras Oreste. Nous te quittons pour le cerner. Nousprenons ton âge et ta forme pour le poursuivre. Adieu. Nous ne le lâcheronsplus, jusqu’à ce qu’il délire et se tue, maudissant sa sœur » (acte II,scène X). C’est une sanction aussi absolue que celle subie par les amantscriminels : sans procès, sans délai, et ayant la mort pour seule fin.

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