Electre

par

Justice divine contre justice humaine: conflit ou complémentarité?

Deuxtypes de justices semblent a priori entrer en confrontation dans Électre :la justice humaine (A) et la justice divine (B). En effet, alors que le Présidentreprésente la justice humaine, sanctionnant les lois humaines, la justice « supérieure »d’Électre semble s’attacher à des valeurs morales d’une nature différente.Cependant, au final, on peut se demander si ces deux justices entrentréellement en confrontation, alors qu’elles peuvent en théorie se compléter.

 

A/ La justice humaine représentée par le Présidents’oppose-t-elle à la justice divine ?

 

         Le personnage du Président a pour fonctionla seconde présidence du tribunal. Il est donc, de par son activité, lereprésentant de la justice humaine telle qu’elle est nécessaire dans toutesociété.

         Revendiquant l’intérêt social d’unejustice prescriptive encadrée par des lois, le Président se positionne contrela justice vengeresse telle qu’exercée par Électre : « C’esthorrible, un pays où, par la faute du redresseur de torts solitaire, on sentles fantômes, les tués en demi sommeil, où il n’y a jamais remise pour lesdéfaillances et les parjures, où imminent toujours le revenant et le vengeur.Quand le sommeil des coupables continue, après la prescription légale, à êtreplus agité que le sommeil des innocents, une société est bien compromise »(acte I, scène II). En effet, toute société a besoin de contrôler lesvengeances personnelles pour permettre une harmonie et une cohérence globale.Morale et justice ne se confondent ainsi pas toujours pour le bien de la cité.

         Par la suite, le Président rejoint la caused’Électre lorsqu’il apprend que sa femme Agathe le trompe avec Égisthe. Dèslors, il veut que le régent soit puni pour toutes les fautes qu’il a commisesenvers le peuple et envers la cité d’Argos : « Je ne compte plus quesur vous, Électre ! » (acte II, scène VII). Cependant, encore unefois, c’est au fond un intérêt individuel, un désir de vengeance pur qui permetde mettre en œuvre la machine de la justice divine.

 

B/ La justice divine d’Électrepeut-elle compléter la justice humaine ?

 

         La pièce de théâtre laisse entrevoirl’idée d’une justice supérieure aux intérêts personnels des individus. Lepersonnage du Mendiant sous-entend l’idée d’une justice divine : « Lesacre purifie tout » (acte II, scène VII). Le terme « sacre »est révélateur en ce qu’il est une référence directe au divin : seulel’absolution divine permettra la renaissance d’Argos.

         La justice d’Électre s’inscrit dans lalignée de celle du Mendiant, c’est une justice d’essence divine : « Lesdieux se sont dits : puisque nous lui avons donné des mains pour qu’elle netouche pas, des yeux pour qu’elle soit vue, on ne peut non plus laisser la têted’Électre sans oreilles ! On verrait trop qu’elle n’entend que nous ! » (acteII, scène VII).

         Les dieux eux-mêmes semblent vouloirqu’Égisthe et Clytemnestre paient enfin pour le crime qu’ils ont commis jadisalors que le Mendiant aide Électre dans sa quête de vérité. Le châtiment mortelqu’inflige Oreste aux amants semble ainsi inspiré et guidé par les dieux.

         La justice divine d’Électre peut-ellealors être vue comme un palliatif aux carences de la justice humaine ? Lajustice humaine n’a pas su punir les crimes des dirigeants, alors la justicedivine le fait à sa place : ces deux justices seraient complémentaires.Des lois « supérieures » viendraient ainsi compléter les loishumaines, les surplombant.

 

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Justice divine contre justice humaine: conflit ou complémentarité? >