La Nuit de Valognes

par

La Comtesse de la Roche-Piquet

La Comtesse de la Roche-Piquet appartient à la même classe sociale que la Duchesse, qui l'appelle « Ma chère Aglaé ». Elle est ce qu'il était convenu d'appeler une femme d'esprit, c'est-à-dire une redoutable langue de vipère dont les phrases, comme autant de traits, sont destinées à faire mal à qui en est la cible. Parmi les personnages de la pièce, ses deux victimes de prédilection sont Mademoiselle de la Tringle et Madame Cassin. Elle méprise la première comme l'auteure d'ennuyeux romans : « Ce sont peut-être des romans d'amour mais c'est ennuyeux comme la vertu. Mademoiselle ne parle jamais des étreintes, de la chaleur des corps, de la fougue des retrouvailles... sans doute manque-t-elle totalement d'imagination... ou d'expérience. » Quant à la deuxième, elle existe à peine à ses yeux d'aristocrate, puisque Madame Cassin n'est pas noble : « Je ne savais pas que la Duchesse tînt boutique dans son salon. Mais nous sommes à la campagne, sans doute cela n'a-t-il aucune importance. » Mais que paraisse Don Juan, et l'altière comtesse se transforme en amante passionnée et nostalgique. Que veut-elle dans le fond ? Le bonheur ? Sans doute pas : c'est pour elle « un idéal d'arrière-boutique, le bonheur, ça vous a des relents de pantoufle et de pot-au-feu. » Elle, « qui se dévoue au vice », vole d'homme en homme, depuis que Don Juan l'a quittée : « Si l'on vous payait pour ce que vous faites, vous porteriez un bien vilain nom » lui jette Mademoiselle de la Tringle.

La blessure que le séducteur lui a infligée saigne encore : « Ce sont les êtres sans mémoire qui ont des...

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