La Nuit de Valognes

par

La Comtesse de la Roche-Piquet

La Comtesse de la Roche-Piquet appartient à la mêmeclasse sociale que la Duchesse, qui l’appelle « Ma chère Aglaé ».Elle est ce qu’il était convenu d’appeler une femme d’esprit, c’est-à-dire uneredoutable langue de vipère dont les phrases, comme autant de traits, sontdestinées à faire mal à qui en est la cible. Parmi les personnages de la pièce,ses deux victimes de prédilection sont Mademoiselle de la Tringle et MadameCassin. Elle méprise la première comme l’auteure d’ennuyeux romans :« Ce sont peut-être des romans d’amour mais c’est ennuyeux comme la vertu.Mademoiselle ne parle jamais des étreintes, de la chaleur des corps, de lafougue des retrouvailles… sans doute manque-t-elle totalementd’imagination… ou d’expérience. » Quant à la deuxième, elle existe àpeine à ses yeux d’aristocrate, puisque Madame Cassin n’est pas noble : « Jene savais pas que la Duchesse tînt boutique dans son salon. Mais nous sommes àla campagne, sans doute cela n’a-t-il aucune importance. » Mais queparaisse Don Juan, et l’altière comtesse se transforme en amante passionnée etnostalgique. Que veut-elle dans le fond ? Le bonheur ? Sans doutepas : c’est pour elle « un idéal d’arrière-boutique, le bonheur, çavous a des relents de pantoufle et de pot-au-feu. » Elle, « qui sedévoue au vice », vole d’homme en homme, depuis que Don Juan l’aquittée : « Si l’on vous payait pour ce que vous faites, vousporteriez un bien vilain nom » lui jette Mademoiselle de la Tringle.

La blessure que le séducteur lui a infligée saigneencore : « Ce sont les êtres sans mémoire qui ont dessouvenirs ! Pour moi, c’est tout près, il n’est pas parti il y a vingtans, ni même hier, mais ce matin ! Mon corps est encore las ! Lesdraps sont encore chauds ! » Elle se veut le pendant féminin de DonJuan, et croit qu’un jour, malgré le mariage projeté avec Angélique deChiffreville, ils se retrouveront, comme deux êtres maléfiques :« Sois tranquille, en t’attendant je ferai le mal pour deux : jetromperai, je déniaiserai, j’éventrerai tout ce qu’il reste d’innocence jusqu’àce que j’arrive enfin, nue, chez le diable, mon corps couvert de sa vraiegloire : la petite vérole. » Quand elle quitte la scène, elle ne ditpas adieu à l’homme qui l’a cruellement blessée, mais « Au diable, DonJuan. »

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